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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 00:12

06h41 livre

 

J’ai découvert Jean-Philippe Blondel l’année dernière avec «  Et rester vivant » ici . J’ai ensuite lu « This is not a love song » ici  et «  Accès direct à la plage » ici

06h41 est son nouveau roman et je dois avouer que ce livre m’a  littéralement assis, le cul par terre en permanence.

Page 163 il est dit ceci : «  Every cloud has a silver lining ». Rassurez-vous, le roman est en français…mais si chaque nuage (noir)  à un trait  d’argent, chaque page du livre de Jean-philippe Blondel contient sa pépite, son évidence, sa lumière, son étincelle.

 

L’histoire est banale : un homme et une femme se retrouvent par hasard  dans un train, A Troyes, un lundi matin, vingt sept ans après avoir eu une courte liaison qui s’est mal terminée, un soir , à Londres.

Ils sont assis cote à cote, et le temps du trajet vers Paris,  ils vont développer   les photos de leur vie. Ils ont  quarante-sept  ans et   1h30 de trajet pour renouer le dialogue…ou pas.

J’aime le train… « J’aime bien les trains. Les heures passées à ne rien faire en particulier…c’est comme si on allait à la plage, et, comme à la plage, on n’ouvre ni les romans, ni le magazine, on ne mâche pas de sucreries et on oublie même de s’hydrater. On est hypnotisé par le paysage qui défile ou par le rythme des vagues. »


Histoire simple, mots simples,construction simple (un chapitre , un personnage)  phrases souvent très courtes…résultat impressionnant. 

06h41 est un roman que j’ai dévoré, adoré, c’est un vrai coup de foudre, je l'ai carrément relu immédiatement. C’est un livre fort, universel, sobre, profond sans jamais être lourd, pathos ou vulgaire. Les mots de Jean-Philippe Blondel désinfectent nos plaies sans jamais occasionner de douleurs, comme un spray antiseptique  qui nettoierait sans jamais piquer. Un écrivain, actuel, vrai, simple, authentique, qui suit sa ligne et son instinct, qui trace sa route avec bonheur.

 

Le parcous de ses personnages  est un peu le notre, beaucoup même, l’identification est aisée.

 

Ce livre parle  de la mémoire des émotions : «  Je dois me rappeler ça : la plupart des gens ont une touche « supprimer les fichiers » sur laquelle ils appuient à un moment donné, quand leur cerveau est au bord de l’ébullition après des malentendus, des trahisons, des hontes, des blessures – et là, des pans entiers d’existence disparaissent, les visages, les noms, les adresses, les couleurs, tout passe à la trappe, direction les égouts de l’inconscient. »


Mais surtout, Blondel parle du temps qui s’écoule, mal ou inexorablement, mais qui s’écoule : A vingt ans, son  personnage féminin dit ceci : «  Je ne voulais plus être celle qui observe. Celle qui absorbe. Celle qui se tient à l’écart et jette un regard indifférent au spectacle du monde. Je voulais être dedans. Réellement dedans. Je n’avais pas envie d’être artiste. J’aspirais à devenir une héroïne. Vivre des passions, des haines, des amours, des détestations, me jeter sur un lit en pleurant toutes les larmes de mon corps, me tirer les cheveux de désespoir, sauter de joie, me précipiter dans des bras, tenir des mains, tenir une main – et mener la danse »


Passé quarante ans, son personnage masculin du livre dit ceci : «  il y a moins de place pour la surprise à quarante- sept ans. On est embarqués dans un quotidien qui nous dépasse – couple, divorce, enfants, travail, vie sociale, obligations. Seules les insomnies parfois nous libèrent, en nous révélant la vanité de ce que nous entreprenons. »


Blondel touche là où ça fait mal…par exemple lorsqu’il parle  des parents qui vieillissent, «  Je me demande s’il y a des gens qui savent s’occuper de leurs parents, quand ils sont vieux. Vieux et pas encore grabataires. Vieux et vulnérables. Et amers. ».

 

06h41 parle aussi des enfants qui grandissent (joliment comparés à un envol de ballon de baudruche au milieu d' cathédrale ), des humains qui pataugent dans des mares  ou glissent sur des flaques…c’est selon, rien n’est jamais figé indubitablement...

 

6h41 auteur

 

Jean-Philippe Blondel (c'est lui sur la photo)ne verse jamais dans le nihilisme ou la désespérance, si vous avez lu «  Et rester vivant » vous savez que ce n’est pas le genre de la maison.

On se reconnaît dans les personnages de 06h41 même si l’on n’a pas vécu les mêmes choses, même si l’on est différent. Les fêlures et les doutes sont les mêmes pour tous et Jean-Philippe Blondel aborde les  failles de l’être humain avec lucidité, dérision, tact et humour même si je n’ai pas choisi les passages qui m’ont fait rire pour rédiger cette chronique.

 

Pour terminer et avant de vous laisser,  cette pensée : «  Personne ne nous a jamais prévenus que la vie c’était long. Que les slogans faciles qui font battre le cœur, les « vivre vite », les « mourir tôt » - tout ça c’est des balivernes.

Personne ne nous dit non plus que le plus dur, ce n’était pas les ruptures, mais la déliquescence. Le délitement des relations, des êtres, des goûts, des corps, de l’envie. Jusqu’à une sorte de marécage où il est impossible de savoir ce que l’on aime. Et ce que l’on déteste. Ce n’est pas un état aussi désagréable qu’on pourrait le penser. C’est juste une atonie. Avec des taches de lumière éparses »

 

Pour ma part, je  vais passer  à autre chose, mais il est certain que ce livre là résistera à ma fonction « supprimer les fichiers ».

 

NB : ce livre est bien entendu en compétition pour le prix Mind The Gap 2013. Il part favori mais nous ne sommes que fin février, ceci dit tremblez auteurs vivants sur mes étagères...Blondel est là et bien là !

 

livre & couronne lylouanne tumblr

 

 

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Published by Mind The Gap - dans Chroniques de livres
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commentaires

La Douce 17/03/2013 14:14


Ah, je l'ai lu tellement vite que j'en ai oublié de le commenter.


Cette histoire, qui se passe dans un train, se lirait justement bien dans un train : ce n'est pourtant pas un roman de gare mais bel et bien un roman qui m'a fait passé un très bon moment et
oublié tout ce qui m'entourait.


Comme tu le dis dans ton article, on a envie de savoir s'ils vont finalement se reparler, on s'identifie, on se dit "Moi aussi, j'avais ces idées là à 20 ans.... je n'ai plus 20 ans.... où en
suis-je dans ma petite vie.... combien d'actes manqués...?"


Bref, j'ai passé un bon moment


ça m'a même donné envie de lire ses autres romans....


Bisous !

Mind The Gap 17/03/2013 15:21



Hé bien c'est enthousiaste comme commentaire...ses autres romans sont dans la même veine.


On peut facilement s'identifier à ses personnages car ils n'ont rien d'exceptionnel ou d'héroïque...


Le mot "acte manqué " est juste effectivement, c'est cela qui est à la base de ce récit à deux voix...


Gros bisous littérairalisés...oui j'invente des mots en attendant peut être ton comm sur Rébecca, d'ici quelques temps...



Yspaddaden 26/02/2013 17:50


C'était Passage du gué dont j'ai trouvé l'écriture et les personnages assez plats relativement au sujet dramatique...

Mind The Gap 27/02/2013 08:44



Merci pour l'info...je n'ai pas lu...



Yspaddaden 26/02/2013 15:45


Bonjour,


C'est un beau billet qui donne envie de lire ce livre. Je n'ai lu qu'un livre de Blondel qui ne m'a pas plu, mais je n'entends et ne lis que du bien de celui-ci, et de l'auteur en général
d'ailleurs, ce qui me pousse à penser que peut-être, je n'étais pas en forme pour ma première lecture. J'y reviendrai certainement...

Mind The Gap 26/02/2013 17:16



C'était quel livre de Blondel? Après, tu peux ne pas aimer et ne pas t'identifier aux personnages ou au style...chacun ses goûts.  Et puis je crois qu'un auteur qui publie beaucoup est
frocément inégal suivant ses oeuvres...


Merci de ton avis quoi qu'il en soit !



Soène 26/02/2013 12:53


Que je suis donc mal comprise en ce moment ou bien est-ce que mes mots traduisent mal ma pensée ?...


Je parlais de ton Prix Mind the gap, pas du prix du livre. Et d'ailleurs je ne fume pas !
J'ai oublié de te dire aussi que je trouve que tu ressembles à Blondel en comparant sa photo et la tienne


Bisous de ma tour

Mind The Gap 26/02/2013 17:14



Merci Soène...si je pouvais lui ressembler en écrivant...ça serait génial non? C'est moi qui n'ai pas compris...le prix
Mind The Gap, faut que je m'y habitue...



laure 25/02/2013 14:01


J'ai accès direct à la plage dans ma PAL mais alors là... l'article que tu fais de ce livre ne peut que donner envie de sauter dessus je dois dire ! magnifique ! Alors je le note dans mon calpin,
merci ;)


Bonne journée :D

Mind The Gap 26/02/2013 08:47



Merci Laure. Oui en général quand j'aime, j'aime...et là j'ai aimé.


Commence peut être par lire accès direct à la plage qui était son premier roman. 06h41 est son onzième sauf erreur et il monte en puissance à chaque fois enfin c'est mon impression sur les 4
livres lus.


Belle journée Laure.


PS : je lis Rebecca de Daphné du Maurier. Après je lirai " Après toi" et donc te l'enverrai.



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