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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 00:12

garyJ’imagine que pour vous aussi, le plus dur est de débuter une chronique de livre, surtout quand ce livre est magistral et bouleversant. Ceux qui me font l’amitié de me suivre ici  savent que je voue presque un culte à Belle du Seigneur et son héroïne Ariane…

Je place «  Clair de femme » au même niveau que Belle du Seigneur et je sais qu’au moment où j’écris ces pauvres mots, Romain Gary doit boire un bon apéro avec Albert Cohen, même si je ne crois pas au paradis, l’exception existe  sûrement pour eux deux...

 

Assez tourné autour du pot, il faut que j’essaye d’en parler de ce livre.

 

Michel forme un couple heureux avec Yannick, il aime follement cette femme qui, atteinte d’une maladie incurable, décide un soir d’abréger ses souffrances en faisant promettre à Michel de perpétuer leur union en aimant une autre femme après elle.

Lydia n’aime plus son mari, Alain, lequel est devenu aphasique après un accident de voiture lors duquel leur petite fille est morte. Lydia est rongée par la rancœur envers lui et la culpabilité de ne plus pouvoir l’aimer.

Michel rencontre Lydia, par hasard mais le hasard existe-t-il…et Romain Gary raconte leurs errements le temps d’une nuit...ou peut être d'une vie.

 

Vous l’avez compris, ce n’est pas un livre gai ni facile à lire : c’est un livre sur l’amour, la mort, l’amour au-delà de la mort, le couple, l’homme, la femme, l’humain et l’inhumain.

C’est la rencontre de deux désespoirs qui unis forment un possible espoir. Car ce livre est profondément triste, sans concessions aucunes mais en même temps il délivre une espérance.

 

Le style à la fois lucide, désespéré, ironique, avec une grosse dose d'auto-dérision,  profond et terriblement beau de Romain Gary transcende totalement la lecture et le lecteur. Je dirais que « Clair de femme » est un rouleau compresseur de sentiments universels. Gary écrit au bulldozer mais son engin n’écrase pas le lecteur : celui-ci se retrouve  comme collé sur un cylindre qui compacte le goudron:  tourneboulé, bouleversé, secoué  sans jamais être broyé.

 

Généralement, dans un bon livre, on trouve deux ou trois passages fantastiques par chapitre. Ici les 179 pages du livre sont sublimes. Ce type est un génie et un monstre de sensibilité. Ce livre est une longue tripe de mots écrite par un homme viscéralement humain.

Il est impossible de ne pas être scotché sauf à être un cœur de pierre, à n’avoir jamais connu l’amour, le chagrin d’amour, le chagrin tout court.

 

Je remercie au passage Asphodèle de m’avoir donné envie de  lire « Clair de femme » et de  me l’avoir offert. Vous pouvez lire sa chronique et ses ressentis ICI. Je le relirai bientôt pour mieux essayer de comprendre, comme je l’ai fait pour Belle du seigneur. Et maintenant, lorsque je repartirai sur mon île déserte, je sais que j’aurais au moins  ces deux livres là  dans ma valise…

 

Assez parlé : pour ceux qui ne me croiraient pas, voici les mots de Romain Gary...

 

« J’entrais et la pris dans mes bras, elle sanglotait. Je savais qu’il ne s’agissait ni de moi ni d’elle. Il s’agissait de dénuement. C’était seulement un moment d’entraide. Nous avions besoin d’oubli, tous les deux, de gîte d’étape, avant d’aller porter plus loin nos bagages de néant…deux êtres en déroute qui s’épaulent de leur solitude et la vie attend que ça passe »

 

«  La frigidité, c’est lorsque la morale et la psychologie couchent ensemble »

 

«  Je ne sais plus très bien. Je suis un peu sonné. Je t’ai appelé et je parle parce que je suis incapable de penser, et les mots sont justement là pour nous dépanner. Les mots sont des espèces de ballons d’air qui te permettent de flotter à la surface »

 

«  Chacun de nous sait qu’il est né pour être vaincu, mais aussi que rien n’est jamais parvenu et ne parviendra jamais à nous vaincre. Quelqu’un d’autre mais peu importe, quelque part ailleurs et dans je ne sais quel futur, mais les fers seront brisés et nous tracerons nous-mêmes la ligne d’avenir dans le creux de nos mains »

 

«  S’il est une idée qui m’est insupportable, c’est de mourir en emportant avec moi ma raison de vivre. Je n’ai jamais bien su ce que cela signifie, être une femme très féminine, un homme très viril, si ce n’est pas être d’abord celui ou celle qu’on aime. Alors promets-moi. Promets-moi de ne pas faire de ton chagrin une facilité, une dérobade. Une demeure grise entourée de ronces et de ruines. Je ne veux pas que la mort gagne encore plus qu’elle n’emporte. Tu ne t’enfermeras pas à double tour derrière les murs du souvenir. Nous avons été heureux et cela nous crée des obligations à l’égard du bonheur ».

 

Et je ne sais pourquoi mais soudainement je  repense à cette chanson de Marie Laforêt  : "je voudrais tant que tu comprennes".

 

Je voudrais tant que tu comprennes
Toi que je vais quitter ce soir
Que l'on peut avoir de la peine
Et sembler ne pas en avoir
Le cœur blessé
Encore sourire
Indifférent apparemment
Aux derniers mots qu'il faut écrire
Lorsque finit mal un roman
L'âme éperdue, sauver la face
Chanter des larmes plein les yeux
Et dans un univers de glace
Donner l'impression d'être heureux

Je voudrais tant que tu comprennes
Puisque notre amour va finir
Que malgré tout, vois-tu je t'aime
Et que j'ai mal à en mourir

Je voudrais tant que tu comprennes
Malgré tout ce qui s'est passé
Que je t'aimais plus que moi-même
Et que je ne peux t'oublier

 

 

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Published by Mind The Gap - dans Chroniques de livres
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commentaires

© Humour de ma nuit 13/05/2012 22:51


Non ! Est-il possible qu'il y ait un autre livre au même niveau, à tes yeux, que Belle du Seigneur...


Je vais être obligée de le lire maintenant pour savoir pourquoi ;-)


En plus, y'a beaucoup moins de pages...

Mind The Gap 17/05/2012 17:27



Il manque Ariane mais oui il est pour moi du même niveau même si les 2 sont tellement différents...



sophie57 25/04/2012 18:51


ouf, j'arrive enfin à entrer un commentaire! bel article MTG, Gary t'a inspiré, tu me donnes  vraiment envie de découvrir celui-là, je le programme , c'est sûr!   

Mind The Gap 26/04/2012 08:11



Je viens de finir " Rien ne s'oppose à la nuit"...comment dire ce que j'ai ressenti sur ce livre hors normes...je sais pas...



Eeguab 22/04/2012 07:42


Un très bon roman de Gary,ce diable d'homme,ce pessimiste qui crut si fort à la vie.Film estimable de Cosat-Gavras.

Mind The Gap 23/04/2012 21:02



Je l'ai vu il y très lontemps, je suis curieux de le revoir maintenant que j'ai lu le livre mais comment peut-on adapter ce style...je suis sceptique.



Aymeline 22/04/2012 00:10


tu as fait un très beau billet sur ce livre qui le mérite amplement :)

Mind The Gap 23/04/2012 21:01



Oui c'est un grand grand livre...j'ai très envie d'en lire un autre de Romain Gary.



32 Octobre 19/04/2012 16:21


chronique mérité pour ce livre


parfaitement clôturé par le texte de cette chanson                                        
             

Mind The Gap 19/04/2012 17:13



Oui c'est un vrai beau livre à expérimenter au moins une fois dans une vie de lecteur...



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