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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:12

homme triste 1

 

Voici  mon quarantième texte de création littéraire. Je veux profiter de cette occasion pour vous remercier  de prendre un peu de temps  pour venir ici lire  des bribes de vies imaginaires...


Nobody Knows.

 

Le bruit sourd qui me réveilla au petit matin n’était rien d’autre que l’une des piles de livres du salon qui venait de s’effondrer. Les meubles, le vieux piano en bois   et les ombres devaient s’organiser pour exister au milieu de mes livres. Cela rendait John totalement cinglé, lui qui avait des étagères remplies au cordeau pour stocker tous ses trésors littéraires.

 

Je n’avais jamais pensé qu’un jour je deviendrais propriétaire d’une prison de quatre murs. Je pense que John non plus . Et pourtant !

 

Nos deux maisons bordaient le chemin qui mène à la Pointe des Paradoxes, et c’est là que je l’avais vue pour la dernière fois. Elle m’avait donné un peu d’elle-même ces trois jours là, puis s’était évaporée pour toujours, comme un arc-en-ciel chassé par les rayons du soleil. Depuis, j'arpentais la lande et les sentiers en bordure des falaises, je prenais en photo les paysages les plus majestueux et j'essayais de fantasmer  mes photos sur des toiles. J'en accrochais certaines aux murs exigus du salon et je jurerais que certains soirs, mes piles de livres profitaient de l'obscurité pour changer d'orientation dans la pièce et se tourner en douce vers mes peintures.

 

Ainsi, j’avais tout plaqué pour venir me transformer en sentinelle. Cette maison de pierre, avec sa terrasse surplombant la falaise, était tout droit échappée d’un tableau mélancolique. Le bruit de l’eau était omniprésent, celui des flots évidemment,  mais aussi celui de la petite fontaine d’intérieur qu’elle m’avait offerte. Le ruissellement continu de l’eau sur les galets oxygénait le sang bleu-noir qui coulait dans mes veines.

 

Je  mettais en marche la fontaine pour écrire des romans insipides ou des histoires sentimentales à dormir debout qui me permettaient de vivre financièrement.

 

En face de moi : l'Angleterre.

 

A coté de moi : l'anglais.

 

En effet, John habitait la maison en contrebas de la mienne et nous étions seuls devant  cette portion d’Atlantique. Il péchait, faisait la  cuisine, entretenait et réparait nos maisons et mon jardinet, et rendait de menus services aux alentours. Les massifs d’hortensias et les roses aimaient John. Quant à moi,  je lui remplissais le frigo et effectuais pour lui les tâches administratives. John parlait un peu ma langue et moi la sienne mais jamais deux êtres ne se comprirent aussi bien que lui et moi.

 

Nous n'évoquions quasiment jamais  nos fuites respectives comme si elles devaient rester des icones de marbre. La sienne était aujourd’hui un fantôme, la mienne un  simple souvenir .

 

Devant nous se dressait le Old Man Of Store, sorte d’obélisque de granite plantée dans l’océan. Cette roche était un doigt d’honneur aux dieux diaboliques du ciel.  Ce ciel qui m'attristait, cette terre  qui me tiraillait.

 

Le hasard n’existe pas et il se trouve que John et moi,  qui organisions  paisiblement notre  petite mort devant l’océan, étions nés exactement le même jour de la même année. Et à chaque anniversaire nous nous donnions  un an supplémentaire pour dénicher  les livres que l’autre n’avait pas et qui lui permettraient de fuir jusqu'à l'année suivante.

 

Nous ne savions plus vraiment l'âge que nous avions, le temps n'avait plus de prise sur nous, seules les fleurs de la bruyère environnante finissaient par se faner.

 

John me trouvait des livres anglais rares traduits en français, et moi je lui offrais des grands classiques français traduits en anglais. Tous ces ouvrages parlaient de ce qui est impossible...

 

Et puis,  le soir de notre anniversaire, John  venait dans ma maison, il jouait de l' harmonica, mais jamais du  vieux piano . En effet,  "elle" avait été pianiste de l'orchestre du Royal  Albert  Hall de Londres.

J’apportais une bonne bouteille, celle qu’"elle" préfère encore sûrement aujourd’hui. "Elle" est maître de chais quelque part dans le Sud Ouest de la France.  Après le repas, le divin breuvage et les morceaux de musique mélancolique , je mettais en route la petite fontaine dont je colorais l’eau en turquoise pour l’occasion, et nous attaquions alors  l’un de nos  précieux médicaments.

 

Ce soir là  , le livre de poèmes que m’avait  offert John  racontait notre existence commune. Il avait  fait fort pour cet anniversaire là .  Je me souviens encore du  début du premier poème...

 

L’aube a bu sa transparence

Nobody Knows,

Ghost elle est infiniment

Nobody Knows,

 

L’aube a su la lune entendre

Nobody Knows,

Nulle vie, nul ressentiment,

Nobody Knows

 

Je me souviens aussi que  lors de cet anniversaire , pour la première et dernière fois, John s'est mis au vieux  piano désincarné.  Voici ce qu'il a chanté...

 

 

 

 

 

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Published by Mind The Gap - dans Textes
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commentaires

ceriat 09/12/2012 13:28


Ton texte est superbement structuré et donne envie d'en savoir d'avantage sur cette amitiée d'outre manche. J'aime
beaucoup "le chemin qui mène à la Pointe des Paradoxes". J'adooore ton histoire.

Mind The Gap 10/12/2012 16:38



Merci de tes encouragements Cériat. En 2012, il doit y avoir 3 ou 4 textes seulement que j'ai écris et que j'aime...celui ci figure en bonne place !



Ethunelle 30/11/2012 13:20


Concis et bien tourné, vivant , texte agréable à lire! Comme si on y était!

Mind The Gap 30/11/2012 16:17



Merci et bienvenue ici Ethunelle...je suis ravi que tu aies apprécié ce petit texte.



Soène 26/11/2012 19:05


Alors nous faisons partie de ceux que tu aimes
J'aime beaucoup la chanson que tu as choisie, triste, même si je ne comprends pas les paroles...
Elle colle à ton texte.
Bisous d'O.

Mind The Gap 26/11/2012 20:20



Oui tu en doutais ou quoi? C'est aussi pour cela que je ne fais plus les ateliers...en ne le faisant plus, j'ai moins de personnes qui me lisent mais peu importe...


Je ne comprends pas les paroles non plus en écoutant, il faudrait avoir le texte mais c'est pas très connu comme chanson donc j'irai voir à l'occasion mais je crois que ça raconte un
adieu...comme si John disait au revoir à celle qu'il a perdue...


Je me sauve, vais retrouver Jane !!!



Pierrot Bâton 26/11/2012 15:52


Ne nous remercie pas : si on vient lire c' est qu' on y trouve du plaisir! 

Mind The Gap 26/11/2012 16:44



Oui mais une fois de temps en temps, quand il y a des comptes ronds, ça fait pas de mal de le dire. Mais tu as raison, définitivement je ne vais que sur les blogs qui me plaisent, c'est pour cela
que je ne fréquente pas beaucoup de blogs.



Soène 26/11/2012 14:45


Elle est vraiment trop mignonne, Valentyne, tu permets aussi que je t'appelle Mind ?


Pourquoi est-ce si court ? J'ai beaucoup aimé même si je n'ai pas reconnu Mylène et que, vieille bêtasse, je me sois imaginé que tout était de toi !
Une chose me frappe, "Elle" n'est pas là, plus là, plus jamais là... On ne peut pas écrire sans parler de ce qu'on l'on a vécu, un roman est toujours à petite ou grosse dose, biographique,
paraît-il...


Il y avait aussi une fontaine dans la maison d'Esla et Louis. Je voulais parler de ce détail, qui n'en est pas un assurément, dans mon billet. Tu l'as fait !


J'aimerais tellement lire une suite, Mind


Bises de ma tour et c'est tant mieux, il pleut des cordes

Mind The Gap 26/11/2012 16:42



Je n'étais pas au courant pour la fontaine d'Elsa et Louis, je n'ai pas encore été fureter sur leur histoire mais je ne saurais tarder. Non j'aime vraiment le bruit de l'eau, tu peux pas savoir,
avoir une fontaine dans son jardin ma comblerait. Je n'ai heureusement jamais été confronté au deuil comme John . Allez on oppose souvent la fiction et la réalité, les vrais écrivains font de
l'auto-fiction, ils s'inventent des vies à partir de la leur.


Ici aussi il pleut , il mouille. Bises, bonne semaine.


Moi aussi j'aimerais qu'il y ait une suite à cette histoire, j'aime beaucoup cette histoire et c'est assez rare pour que je le signale. Sur 40 textes , j'en aime à peine 10 et encore...



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