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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 08:12

 

Vinau

 

J’ai découvert Thomas Vinau avec  «  Nos cheveux  blanchiront avec nos yeux », qualifié de roman par la quatrième de couverture. Pour moi ce livre n’est pas un roman car il n’y a pas vraiment d’histoire mais peu importe, car c’est un super livre et je ne suis pas assez calé pour théoriser en littérature ! 


Thomas Vinau  raconte, à partir de très courts textes, délicats et poétiques ( sans être des poèmes )  le parcours de vie de Walther. Ce dernier, laisse tout d’abord  sa douce  enceinte et part vivre son  propre voyage initiatique  de la Belgique à Gibraltar. C’est la première partie du livre. Puis il revient chez lui, retrouve Sally et vit l’essentiel, à savoir le partage du bonheur d’avoir un enfant. Sally l'attendait .C’est la deuxième partie du livre.


Rien d’original dans le sujet, c’est dans le style de l’auteur, dans son regard sur la vie et les sentiments intimes que se trouve l’essentiel.


La première partie (plus courte que la seconde)  m’a semblée  assez plate et banale…j’avoue même avoir pensé que j’avais déjà lu des carnets de voyages plus intenses.


Mais la deuxième partie est vraiment réussie, vraiment forte,  d’une grande beauté, j’ai été particulièrement touché par la sensibilité de Thomas Vinau et par la puissance de ses mots : «  Dehors la pluie tombe. Bien droite et verticale. Les yeux en face des trous. Elle coupe le paysage en tranches. Et puis le temps que j’écrive cela, les gouttes ont disparu. Il ne reste qu’une couche brillante sur la grisaille du matin. J’ai l’impression d’être de plus en plus loin de ce que je vois…de capter la réalité à la longue vue. C’est classique. On se dit tiens il pleut, et il fait déjà beau. On se dit je l’aime, et elle est déjà partie. On se dit c’était bien, c’est fini. A croire que vivre équivaut à s’éloigner lentement du monde. A lui courir après. »


Peut être que le début du livre m’aura servi à m’habituer au style vraiment original et atypique de l’auteur : des mots  simples, des phrases qui n’en sont pas toujours  et des ressentis très forts. La nature et les éléments sont très souvent présents dans cette succession de petits textes.

«  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » s’attache à transformer le rien en beau. Car à coté du fait d’être père, Thomas Vinau nous montre la beauté du quotidien, les petites choses qui nous portent. «  Les gratte-cul sont les guirlandes de la forêt ».


Je cite souvent cette pensée, lue chez Frédéric Beigbeder (un autre genre de poète…) qui me parle  : «  L’amour est impossible, le bonheur n’existe pas, rien n’est grave ».


Dans le livre de Thomas Vinau, j’ai interprété cet aphorisme ainsi :  Une forme d’amour est possible, elle est souhaitable mais elle ne résout rien…on est seul.

Le Bonheur avec un grand B est illusoire , c’est une collection de petits bonheurs qui rend l’existence supportable ou belle.

Rien n’est grave sauf la vie…et c’est ce ton noir, grave décalé et touchant qui m’a plu.  «  J’ai de l’amour à revendre pour la nature périssable et du dégoût à offrir à n’importe  lequel de mes  semblables. Nous sommes des petits chiots qui jouent à déchiqueter le monde. »


J’ai vraiment aimé ce que j’ai lu même si ce livre n’est pas un coup de cœur. J’ai juste envie de lire un autre titre de Thomas Vinau et c’est déjà un  immense petit bonheur en soi.

 

Cet extrait pour terminer : «  Les mésanges viennent récolter le duvet blanc des pissenlits pour fabriquer leurs nids. Il se prépare, tout en détail, une partouze de tous les diables dans les bosquets. Ce matin, le soleil ne se lève pas. Une abeille agonise sur le sol. Le bruit de ses ailes qui s’épuisent, c’est la petite musique de fond de notre culpabilité. Il y a quelque chose de profondément oxymorique lorsqu’on voit les abeilles mourir le premier mois du printemps. C’est comme ce vieillard aperçu hier sur un banc. Immobile. Presque déjà parti. Assis, courbé, dans les couleurs et les parfums violents des lilas en fleur. La chanson douce des pourritures, voilà ce que c’est que le printemps ».

 

Merci à Asphodèle de m’avoir offert ce livre.

 

 

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Published by Mind The Gap - dans Chroniques de livres
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commentaires

somaja1 27/04/2014 20:15


J'avais aimé mais par moment il m'avait paru un peu se regarder écrire. C'est parfois le défaut de certains jeunes écrivains. Mais j'ai souvenir de très belles phrases, comme des fulgurences.


Je n'ai rien lu d'autre de lui, mais je pense que je le préférerai en poète plutôt qu'en romancier.  J'attends tes avis futurs pour me décider.

Mind The Gap 28/04/2014 08:08



Tu as raison en parlant de fulgurences...mais parfois c'est aussi assez creux. Ce livre pour moi n'est pas un roman , c'est entre le récit et la poésir moderne...je lirai un autre titre de Thomas
Vinau pour en savaoir plus...



Asphodèle 21/04/2014 20:57


D'ailleurs ce livre est truffé de jolies phrases, j'en avais mise une (des fois je change), en haut de mon blog "Je ne suis que ce qui me maintient à distance du monde",
je trouve cela très beau ! Il faut le relire par petites gorgées Thomas Vinau, c'est comme ça qu'on l'apprécie... Je le fais avec son livre de poésie "Juste après la pluie"...

Mind The Gap 22/04/2014 08:40



Oui j'ai remarqué cette phrase en haut à droite sur ton blog. J'imagine Thomas Vinau se promenant avec toujours un carnet à la main et notant ses pensées. J'ai du mal avec les petites gorgées,
j'aime me plonger dans un livre en entier, puis passer à un autre. Je ne sais pas encore quel titre je lirai ensuite...



Asphodèle 21/04/2014 12:32


Nous n'avons pas aimé les mêmes choses dans ce livre et pourtant nous nous rejoignons sur le fond, comme quoi le message est passé ! La construction est aléatoire dans ce livre, comme souvent
avec Thomas Vinau qui est un poète de la "déconstruction" (ce n'est que mon humble avis) !  Il y a une histoire : il part pour être sûr de revenir près de sa douce enceinte et là je trouve
que la Douce en question est forte, elle a le courage de le laisser faire son voyage initiatique pour qu'il lui revienne...ou pas ! Et la deuxième partie lui a donné raison, c'est une suite sans
transition certes mais une suite quand même ! Moi j'ai préféré les questions du début, le voyage, les rencontres improbables, mon côté aventurière de l'extrême sans doute, mouhaha !!!!

Mind The Gap 21/04/2014 19:26



Joli, le poète de la déconstruction...il y a un fil conducteur ou une petite histoire mais ce n'est pas l'essentiel ici. Belle découverte grace à toi, je le relirai c'est sur et certain...



Soène 21/04/2014 08:47


Ce Thomas Vinau -que vous aimez tant- me fait penser à un des Romantiques des siècles passés. Tant de noirceur pour exprimer le Printemps...


J'en déduis que c'est Syl qui a raison avec son bocal. Chercher un petit bonheur journalier, l'écrire sur un petit papier et le déposer dans un joli bocal décoré, ça embellit la vie


Aujourd'hui, j'ai un grand petit bonheur : je vais assister en "VIP" à la finale du jumping international à Eurexpo grâce à Margaud. Cool !


Bises


 

Mind The Gap 21/04/2014 19:07



Madaaaaaame va au jumping, j'espère que tu as sorti ton chapeau comme toute élégante qui se respecte sur le champ de courses...


Vinau a un coté romantique décadent...il me plait bien. L"idée de Syl est chouette comme tout...je crois qu'elle a des photos de Colin First nu dans certains de ses bocaux mais chut !!



Sharon 20/04/2014 08:29


Je ne suis pas sûre non plus d'avoir envie de le lire. Plus tard peut-être.

Mind The Gap 20/04/2014 11:41



Il y a des moments pour chaque type de livre...parfois on fuit en lisant, souvent même, c'est tout l'intérêt. Parfois on regarde la vérité et c'est bien aussi.


Bon dimanche Sharon !



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