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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 19:00

rien ne s'oppose à la nuit

 

Je sentais que ça couvait en moi au fur et à mesure de la lecture de " Rien ne s'oppose à la nuit"  mais je ne savais pas à quel moment cela se produirait.

J’ai tenu jusqu’à la page 413 avant de m’effondrer et d’éclater en sanglots. C’est la première fois que je pleure vraiment en lisant. Il m’est arrivé d’avoir les larmes aux yeux (notamment avec Belle du seigneur et Clair de femme) mais de pleurer cinq  minutes sans retenue jamais au grand jamais.

Que puis je dire sur «  Rien ne s’oppose à la nuit » qui est le dernier ouvrage de Delphine De Vigan, énorme succès  comme ses précédents romans d’ailleurs, livre extra-ordinaire qui m'a mis KO debout...

 

Dans ce livre autobiographique, Delphine De Vigan raconte le parcours de vie chaotique  de sa mère Lucile , et par là même, raconte sa famille sur plusieurs générations. Ce livre est avant tout pour moi un message d’amour à une  mère mais aussi un exutoire pour l’auteur même si elle n’est pas dupe  et sait bien  que l’écriture ne résout rien.

 

Le contexte familial qu’elle décrit est très dur : troubles bipolaires,   abus sexuel , suicide et on peut se dire qu’on ne retrouve heureusement pas tous ces malheurs dans toutes les familles.

La famille, cette institution chérie et mise sur un piédestal par la société qui bien souvent n’est qu’une machine à broyer l’individu, un distributeur automatique de malheurs transmis de générations en générations, une chimère où les secrets sont bien gardés puisqu’il faut garder la face vis à vis des autres familles et des autres tout court.

 

Il y a souvent des maillons faibles dans les familles qui peuvent  alors devenir des êtres monstrueux et dangereux pour leurs proches. Tout est question d’échelle dans le malheur et finalement les mécanismes sont les mêmes dans toutes les familles, c'est en cela que " Rien ne s'oppose à la nuit"  est universel et peut toucher chaque membre d'une famille.

 

Delphine de Vigan a mené une véritable enquête sur ses grands parents, sur l’enfance et la vie de femme de sa mère disparue en 2008.  Ce portrait de Lucile est bouleversant , cette femme a résisté toute sa vie face à ses démons, c’est un être humain magnifique (qui pourtant a souvent failli dans son rôle de mère) raconté par sa fille :

«  Lucile avait des phobies, des lubies, des coups de gueule, des coups de cafard, aimait prononcer des bizarreries – auxquelles elle même croyait plus ou moins-, passer du coq à l’âne et de l’âne au coq, se mettait  martel en tête, lançait les piques, jouait avec le feu, approchait ses limites.

Lucile aimait naviguer à contre-courant, mettre les pieds dans le plat, elle se savait sous surveillance,défiait parfois notre regard, s’amusait à nous alarmer et revendiquait sa singularité.

Lucile n’aimait pas la foule, le nombre, les grandes tablées, les mondanités, se laissait apprivoiser en tête à tête ou en petit comité, au cours d’une promenade, dans le mouvement de la marche.

Lucile restait secrète dans ses sentiments , ne livrait jamais le plus intime, réservait à quelques-uns le fond de sa pensée. Elle était ce mélange étrange de timidité maladive et d’affirmation de soi. »

 

Et que dire de l’auteur elle même,  qui est allée au bout sa démarche de recherche de vérité sur sa famille, sur sa mère et sur elle même. Quelle douleur a dû être la sienne pour parvenir à déterrer et à comprendre cette vérité écrasante ! Elle ne juge pas, ne ressent pas de haine envers quiconque, ne verse jamais ni dans la complaisance ni dans la facilité, et ce qui pourrait passer pour un étalage de souffrances un peu trop  nombriliste est à mes yeux  un acte d’amour salvateur exprimé avec pudeur mais sans concessions aucunes.

 

 Delphine de Vigan retranscrit  ce qu’elle a vécu et imagine ce  que sa mère à pu vivre. Ce livre est assurément  une libération pour elle et au final pour sa famille. Quel courage et quelle dimension humaine il faut avoir  pour arriver au terme d’une telle démarche. J’ai juste envie de la serrer dans mes bras, comme une mère , comme une sœur, juste envie de lui dire merci, juste envie de lui donner de l’amour…étrange comme réaction mais c’est ce que je ressens pour cet auteur.

 

" Rien ne s'oppose à la nuit "  est un uppercut d’humanité brute, une boule d’amour et de souffrance, une expérience dont on ne sort pas indemne mais que  tout être humain en tant que fils, fille, sœur, frère, parent , grand parent devrait prendre le temps de vivre. Lisez  les mots de Delphine de Vigan.

Il ne faut pas passer à coté de ce livre là, le talent de l’écrivain devient anecdotique devant l’humanité de cette femme.

 

Encore quelques mots extraits du livre :

 

Le doute est un poison.

 

Elle rêvait de devenir invisible : tout voir, tout entendre, tout apprendre, sans que rien de palpable ne signale sa présence.

 

L'écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser des questions et d'interroger la mémoire.

 

Je fais une pause lecture de quelques jours ou plus après ce livre, besoin de souffler…de récupérer..

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Published by Mind The Gap - dans Chroniques de livres
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commentaires

valentyne 05/05/2012 16:53


Je n'ai pas lu ce livre mais ton billet donne envie


D'elle j'ai lu "les heures souterraines" (récemment et suite à un comm que tu avais laissé sur mon blog) : j'ai beaucoup aimé cette non rencontre des deux protagonistes et son analyse du
harcèlement moral au boulot.


Pas très gai mais bien écrit :-)


 

Mind The Gap 05/05/2012 21:59



Fonce sur " rien ne s'oppose à la nuit"...la dimension humaine de Delphine de Vigan est je le pense bien plus grande que la moyenne...dans ce livre c'est bine davantage la femme que l'écrivain
qui te laisse sur le cul mais en plus elle écrit vraiment bien : elle dit sa vérité et rien que sa vérité tout en restant pudique...


Tu me diras si tu le lis....et tu comprendras pourquoi elle parle si souvent du Pass Navigo dans les heures souterraines...c'est un détail insignifiant mais ça m'a sauté aux yeux en lisant rien
ne s'oppose à la nuit...


Bises Valentyne.


 



Pierrot Bâton 29/04/2012 17:15


Faut vraiment que je le lise ! T' es pas le premier que j' entends dire ça!

Mind The Gap 29/04/2012 20:16



Oui faut pas passer à coté, c'est un livre universel et vraiment touchant...et il se lit très facilement, elle ne passe pas son temps à essayer de faire des figures de style, elle écrit avec ses
tripes et son style d'écrivain est je crois tiré de sa vie de fille et de femme...



sophie57 29/04/2012 13:19


waouh, superbe billet MTG, tu en parles magifiquement, et très justement, je suis en accord avec tout ce que tu dis, et moi aussi j'ai pleuré aux derniers mots de ce livre inoubliable...je suis
ravie qu'un homme apprécie à sa juste valeur cette littérature, dont on pourrait croire, à tort, qu'elle est "féminine", alors qu'elle a au contraire, comme tu le dis si bien, une portée
universelle...

Mind The Gap 29/04/2012 20:12



Je crois que ce genre d'histoire aurait pu être écrite par un homme...sûrement pas de cette manière là mais sûrement avec beaucoup de sensibilité, une autre sensibilité.


Néanmoins elle a eu le courage d'aller au bout de sa démarche et pour moi c'est une femme avec un grand F.


Dans ce genre de traumatismes, il n'y a plus d'homme ou de femme, il n'y a que des êtres en souffrance.


Je n'ai pas encore lu ton article sur le livre mais ça ne saurait tarder...



Ella B. 28/04/2012 12:52


J'ai lu " No et Moi", vu le film, l'ai étudié en classe.. car oui, elle touche au plus profond de nos coeurs quelque soit le thème..

Mind The Gap 28/04/2012 20:36



Une question de dimension humaine...elle rayonne chez elle je pense !



Ella B. 28/04/2012 09:30


Je l'ai lu il y a 9 mois et avais ressenti une émotion similaire.. Je crois que ce "spleen" vient d'une vie "gâchée" par la maladie, et on la suit jusqu'au bout, comme une fatalité.. et puis,
c'est formidablement bien narré, courageux aussi. Certains pensent que "laver son linge sale...". Moi, je pense que c'est un formidable exutoire, Delphine a dû recevoir des tas de témoignages qui
aident à se sentir "moins seuls" dans la souffrance. Les blogs ont la même finalité, on trouve des pairs dans les mêmes chemins de vie.. Bisous

Mind The Gap 28/04/2012 10:11



Moi c'est la femme qui m'a impréssionnée et pas l'écrivain. J'avais beaucoup aimé " les heures souterraines " et je vais me procurer ses anciens romans en occasion si je peux les trouver;


Sa démarche est noble et bouleversante et ce livre devrait être lu par le plus grand nombre.


Si tu as le temps et si tu n'a pas vue, retrouve l'emmission du 15 septembre 2011 de La grande librairie où elle est invitée...c'est très intéressant.


Je vais essayer de retrouver ton article dans tes archives, de même que celui de sophie 57 qui a beaucoup aimé ce livre aussi.


Bises Ella.



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