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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 06:12

Emily

 

J'ai lu " la vie d'Emily Brontë " ,  une biographie écrite par Virginia Moore,  publiée en France chez Gallimard en 1939. C'est je crois, le plus vieux livre que j'aie, il est tout jaune, j'ai eu peur qu'il tombe en lambeaux lorsque je l'ai reçu et ouvert de son carton d'emballage.

Chroniquer une biographie me semble impossible alors je vais juste essayer de tracer les contours d'un portrait d'Emily à partir des hypothèses contenues dans le livre et de ce que je ressens sur cette femme...


Voici donc un portrait d'Emily Brontë.


 

Une grande et belle jeune femme. Elle a des yeux immenses, gris bleu, un regard pénétrant, intimidant. Elle marche inlassablement sur la lande, seule, contemplant le spectacle de la nature. Emily ne peut vivre que dans cette solitude, que  dans le presbytère familial.  

Quand le soir est venu, elle contemple les étoiles, elle écrit des poèmes sombres, noirs comme si la lumière des étoiles ne descendait pas jusqu’à elle.

 

Emily est proche de sa sœur Anne, la moins douée de la famille, encore que Branwell, le fils prodige n’ait jamais été capable de publier le moindre texte ou d’exposer le moindre tableau.

Emily et   Anne crééent le monde imaginaire du Gondal…des centaines de poèmes. Charlotte et Branwell de leur côté, créeent le monde imaginaire d’Angria.

 

Emily travaille avec ardeur au presbytère, elle tient la maison avec Tobby la vieille servante.

Lorsqu’elle s’échappe du presbytère  pour quelques mois, c’est pour étudier puis pour gagner sa vie en tant qu’institutrice. A défaut, ne voulant jamais être une charge pour la famille et son père, elle travaille dur…et parcours la lande désolée du Yorkshire avec les chiens, le sien notamment, un épagneul.

Emily aime tant la bruyère, le frémissement du printemps et la rudesse de l’hiver.

 

On est entre 1818 et 1848, années de sa naissance et de sa mort.

 

Un jour de 1847, Emily publie Wutering  Heights ( Les Hauts de Hurlevent ou Haute Plaine), son seul récit en prose et quel récit, quel roman ! Aucun autre ne va aussi loin sur la passion amoureuse, enfin je n’en ai pas lu de plus fort à ce jour.

 

Emily est très secrète, ne parle pas, ne se confie à personne, n’a pas d’amie intime comme sa sœur Charlotte qui fait part de ses sentiments à Ellen Nussey. Elle ne fait pas de confidences à ses sœurs, elle se réfugie dans la nature, dans son imagination et dans ses poèmes.

 

Quand on lit Les Hauts de Hurlevent, comment peut-on croire une seul instant qu’un être, fut-il génial, exalté et mystique, puisse écrire une telle histoire sans jamais avoir éprouvé la passion amoureuse ? Pourtant certains le croient…personnellement je suis convaincu du contraire et la biographie de Virginia Moore enfonce le clou.

 

Voici l’hypothèse proposée par la biographe : Emily a fait un séjour à Law Hill vers 1837 en tant qu’institutrice. Ce séjour aurait duré environ dix-huit  mois et à son retour au presbytère fin 1838, alors âgée de vingt-et-un ans,  Emily n’était plus la même. Pendant ce séjour Emily serait tombée passionnément amoureuse et aurait été trahie par l’autre lorsqu’elle  aurait déclaré ses sentiments profonds. Et cette autre personne, aurait été une femme, une amie intime qui l’aurait donc trahie et déçue.

 

C’est une analyse minutieuse des poèmes restant d’Emily avant,  pendant, et après son séjour à Law Hill qui amène Virginia Moore à cette hypothèse mais pas seulement, il y a un faisceau d’indices.

Dans la légende du Gondal, neuf fois sur dix Emily s’identifie à des personnages masculins. Enfant on la prenait pour un garçon. Emily a tenu à conserver un pseudonyme masculin alors même que ses sœurs avaient révélé qu’elles étaient des femmes. Les critiques de l’époque étaient persuadés que Les Hauts de Hurlevent étaient l’œuvre d’un homme. Le seul vicaire du presbytère avec lequel Emily ait échangé, était rebaptisé par elle, Miss Célia…et puis certains poèmes où elle se livre, semblent manifestement adressés à une femme.

Par la suite, Emily ne pardonna pas à cette autre personne sa trahison et elle ne se pardonna pas  d’avoir été faible, d’avoir succombé à cette passion. A partir de son retour au presbytère en 1838, Emily appelle la mort qui seule pourra la délivrer et encore certains jours elle pense que même la mort ne sauvera pas son âme.

 

Revenons à son roman, Wutering Heights : le personnage d’ Heathcliff n’est autre qu’Emily elle-même et la première Cathy, cette femme qu’elle même Emily a aimée et qu’elle veut voir souffrir…même la mort de Cathy ne la délivre pas puisque son fantôme erre sur la lande. Quant à Heathcliff, la mort de Cathy  le condamne à l’enfer sur terre, aux remords éternels...quand on lit certains poèmes d'Emily, youte la thématique de son roman est déjà en place.

 

On ne saura jamais la vérité mais Emily a aimé, peu importe au fond qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, ses poèmes ne laissent aucun doute sur ses sentiments.

 

Lorsque qu’Emily tombe malade en 1847 (phtisie ou tuberculose) elle refuse de se soigner même si les traitements de l’époque étaient de toute manière  inefficaces. Elle continue inlassablement de travailler au presbytère, de nourrir les chiens…le dernier jour elle consent enfin  à voir un docteur, peut être aura t-elle eu peur au  moment funeste…

 

Emily reste une fascinante énigme, un génie inégalé.

 

Même sa sœur, l’orgueilleuse  Charlotte jugeait objectivement que son Jane Eyre était bien supérieur au livre d’Emily, mais reconnaissait le génie de sa sœur pour les poèmes.

Charlotte reconnaissait qu’elle n’arrivait pas à atteindre cette singularité dans l’écriture des poèmes.

 

Le temps passe, la nuit vient, Emily demeure…

 

 

 

 

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commentaires

Sharon 21/06/2013 19:59


Très bel article.

Soène 10/06/2013 17:12


Tu as raison cher Cocotin (masculin de Cocotine )
Je constate que tu as encore beaucoup de belles illusions
Garde les le plus longtemps possible...
C'est l'heure de la sortie ?
Bisous

Mind The Gap 11/06/2013 14:17



Les blogs ne sont qu'illusions...la vie n'est qu'illusions sans cela on ne pourrait pas vivre tout simplement...imagine que tout le monde dise la vérité à supposer que tout le monde arrive à la
percevoir...en plus j'adore la magie, j'aurais aimé être magicien...


Gros bisous.



Soène 10/06/2013 16:11


Me voilà avec un peu de temps devant moi et l'orage me consigne à O.
Quel portrait sombre de cette femme. Comment peux-tu l'aimer autant, alors qu'elle est tout sauf douceur, tendresse, faiblesse, romentisme... En fait, il semble qu'elle soit tout le contraire de
ce que tu aimes.
Une sacrée femme, avec un caractère bien trempé, ça me plaît ! Comme elle, j'aime courir la lande ! Et semble aussi avoir la rancoeur tenace...
Ton billet reflète bien ce que tu ressens. Bravo pour cette chronique

Mind The Gap 10/06/2013 17:08



Ha Soène, tu sais bien que l'amour ne s'explique pas...s'il est explicable ce n'est plus de l'amour...



somaja.over-blog.com 09/06/2013 18:55


ou Mireille Mathieu...ou Plastic Bertrand...ou ... Finalement tu  l'as échappé belle !

Mind The Gap 10/06/2013 08:49



Heu là je comprends pas, faut que je relise les commentaires j'imagine...mais associer Mireille Matheu à une chronique sur emily Brontë, si ca c'est pas un truc de bad girl...


Ca y est j'ai compris...c'est par rapport à Céline Dion !!



Asphodèle 09/06/2013 18:37


Je l'ai relu et c'est vraimlent une belle chronique ! J'avais oublié de te parler de cet éclairage nouveau que cela donne aux HDH, je vais le relire ce livre, c'est sûr ! Mais je ne suis pas
certaine qu'il ait fallu connaître une passion dévorante pour en parler, avec l'imagination qu'elle avait et le petit grain de folie, c'était suffisant, mais quand même...


Bravo en tout cas de creuser un sujet que tu aimes, c'est tout à ton honneur !♥

Mind The Gap 10/06/2013 08:47



Non Aspho, elle a aimé la petite, si je te prêtes la biographie où se trouvent des dizaines de ses poèmes, tu peux avoir une imagination débordante et t'inventer un amour mais ils tournent en
voucle ses poèmes et à partir d'une date précise, celle de son retour au prebytère apres Son séjour à Law Hill. Et puis ce serait triste pour elle si elle n'avait jamais éprouvé le sentiment
amoureux...


Merci d'être revenu lire...oui ce sujet me teient à coeur et je n'en ai pas fini avec elles...


Bisous.



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