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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 06:12

un soir de décembre

 

Fini, terminé, boucle bouclée, il ne me reste plus que mes yeux pour pleurer : j’ai fini de lire Delphine de Vigan avec   Un soir de décembre , son troisième roman paru en 2005.

Et je suis bien embêté car je tape cette chronique huit jours après avoir achevé la lecture et je ne sais pas écrire à froid. Je suis même doublement embêté parce qu’Un soir de décembre est le livre que j’aie préféré.

 

C’est l’histoire de Mathieu, la quarantaine, marié, deux enfants, un boulot et qui vient de publier son premier livre. Le livre ayant connu le succès, l’auteur est apparu dans les médias. Il reçoit des lettres de ses lecteurs et un jour arrive une première lettre de Sara, une passion de jeunesse qu’il pensait avoir oubliée…et il commence à écrire un deuxième livre…

 

Sara écrit ceci  dans une de ses lettres : «  c’est l’histoire d’une femme qui traîne dans les bars à la recherche d’un homme qu’elle a perdu trop tôt. Ce n’est pas tout à fait lui qu’elle cherche, plutôt le souvenir de lui, le souvenir d’avant lui. C’est l’histoire d’une femme qui écrit à un homme qui écrit, une femme sans contours, venue de nulle part, qu’il a peut-être oubliée, qui peu à peu se dessine, refait surface, cherche de l’air. Un air plus doux, apaisé. »


Un soir de décembre parle des souvenirs, de la mémoire, des amours déchues, du temps qui passe, de l’oubli, ou plutôt du mensonge que doit s'infliger en permanence l’être humain pour arriver à avancer encore et encore…

« C’est pareil tous les ans, on finit par croire que l’hiver ne reviendra pas…il faut se rendre à l’évidence, la nuit est tombée et quelques gouttes frappent au carreau. On appelle ça la rentrée. Rentrer d’où, je te le demande, de quoi revient-on encore vivants, de quel été, de quel ennui ? »


Les mots de Delphine de Vigan sont autant de bulles de savon qui viennent se crever sur les aspérités des vies de ses personnages qui sont nos doubles…nos frères et sœurs…

« Les souvenirs ne sont accessibles  qu’à travers leurs contours : date, nom, visage comme autant de boites vides, classées, répertoriées dont le contenu lui échappe. Voila l’oubli, le véritable oubli : transformer la mémoire en un catalogue de produits disponibles sur demande, déconnecté de toute réminiscence des sens. Pas de regrets, pas de nostalgie ».


Un jour de décembre parle de la passion amoureuse et de ses cicatrices comme ici, dans  ces mots de Sara «  j’ai cherché d’autres hommes, je les ai suivis, j’ai mis ma main dans la leur, simplement pour le contact de leur peau. Peu de mots, jamais de confidences. Je n’avais rien à leur dire, Dire c’eût été demander. Je n’avais rien à demander. Ou bien j’avais tant à demander que tous les mots du dictionnaire n’y auraient pas suffi. A toi non plus je n’ai jamais dit reste, reviens, ne pars pas. Nous étions dans un espace clos, sans perspective, un point de chute coupé du monde et régi par le mécanisme du vide. Sans conjugaison, le corps prends le dessus, occupe toute la place ».


Et puis dans Un jour de décembre, il y a en filigrane, l’écriture, la démarche de l’auteur, certains ne peuvent écrire que dans un état de passion qui emporte tout sur son passage, et puis un jour le livre est fini…la passion s'estompe jusqu'à la prochaine...

« Un livre n’est jamais fini. Même imprimé, il continue à vivre, comme un organisme autonome, appelle les ratures, les précisions. Il souffre de ses amputations, il attend réparation. Un livre est comme un amour blessé, lacunaire, il contient en lui ce qui aurait pu être et qu’il n’a pas été, cet impossible retour en arrière, ce qu’on aurait dû dire, ce qu’on aurait dû taire, il porte en lui le douleur d’avoir été abandonné ».


Je me sens comme ce livre, abandonné par Delphine De Vigan…jusqu’à son prochain roman…qui arrive à  parler avec autant de force, de vérité, de pudeur et de légèreté de ce qui est essentiel en nous ?

« Les histoires, il y a celles dont on se souvient, celles dont on rêve et puis celles des autres : autant de miroirs sans fond recouverts par le verbe ».


Il y a les mots de Delphine de Vigan et puis ceux des autres…

 

Ce livre est en compétition pour le Prix Mind The Gap 2013.

livre & couronne lylouanne tumblr

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Published by Mind The Gap - dans Chroniques de livres
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commentaires

Valentyne 12/07/2013 12:59


Un livre qui me parait très triste d'après les extraits que tu cites? non  ??

Mind The Gap 12/07/2013 14:02



L'univers de Delphine de Vigan est triste, assez noir, elle parle des failles de l'être humain. Cette histoire là n'est pas tellement triste, elle est forte, belle et sobre, pudique comme dans
tous les livres de cet auteur même ceux qui sont des autofictions tirées de sa vraie vie plus que des romans...



L'or rouge 01/07/2013 14:31


ça, c'est ce que j'appelle de l'enthousiasme  Encore un qui dort dans ma PAL depuis bien trop longtemps
apparemment... Malheureusement je ne manque pas d'idée lectures dans les jours à venir... Mais il est plutôt court, non ? Donc, qui sait...

Mind The Gap 02/07/2013 16:36



Oui, elle n'a fait que des livres assez courts mis à part peut-être rien ne s'oppose à la nuit et encore...j'adore cet auteur, plus rien à lire d'elle...



Sharon 01/07/2013 09:35


Il me reste à lire celui-ci...

Mind The Gap 01/07/2013 12:07



Peut être que comme moi, ce titre là sera ton préféré même si c'est difficle de choisir parmi les six...



DENIS 29/06/2013 09:45


tout le monde dit tant de bien de cette auteure et je ne l'ai pas lue


assurément je lirai ton prix 2013 qui sera peut-être celui-là


as tu envisagé de faire un premier bilan à mi-saison?

Mind The Gap 29/06/2013 10:57



oui j'en ai déjà fait 2, je le fais tous les deux mois mais là je vais tirer sur 3 mois...mai juin et juillet...



Pierrot Bâton 28/06/2013 21:21


Effectivement, MTG, je ne parle pas des livres que je lis sur mon blog: je ne suis pas bonne en commentaire de texte.............Je fonctionne à l' affectif : un livre qui m' accroche le fait dès
les premiers mots . Il me parle. Certains me "remplissent" comme "les âmes grises" de PhilippeClaudel ou "l' élégance des veuves" d' Alice Ferney, "un homme se penche sur son passé" de Constantin
Weyer quand j' étais ado ou "les 4 filles du Dr March" vers 10 ans.

Mind The Gap 29/06/2013 09:36



J'ai été impessionné par les âmes grises...et tu me donnes envie de lilre l'lélégance des veuves...le titre est déjà marquant au départ.


Bonne journée à toi !



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