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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:12

Villette

 

Lire un roman de Charlotte Brontë est une aventure...comme arriver à en tirer une chronique quand ce n’est pas son boulot et qu’en plus, on  aime vraiment l’auteur.

 

Villette raconte le parcours de Lucie Snowe, jeune anglaise exilée en Belgique,  afin d’être institutrice au pensionnat pour jeunes filles de Madame Beck. Lucie va connaître les frémissements de l’amour avec le docteur Graham Bretton, le fils de sa marraine, puis la passion avec Paul Emmanuel, le colérique et catholique  professeur de littérature  du pensionnat.

 

Il est impossible pour moi de lire Villette sans penser à Jane Eyre et impossible de ne pas mettre en perspective ce livre avec la vraie vie de Charlotte Brontë.

 

Villette est moins romanesque et moins bien construit que Jane Eyre, les 300 premières pages laissent présager la suite sans  toutefois épater le lecteur que l’auteur apostrophe sans cesse.

Après, Charlotte alias Lucie affirme peu à peu son indépendance, sa liberté d’esprit et de pensée. Elle crie aussi sa solitude, son résignement, son désespoir,  sa foi protestante  à toute épreuve et sa capacité à rester debout et digne, sans jamais se renier.

 

Villette est  à mon avis beaucoup plus autobiographique que Jane Eyre : le livre raconte son séjour à Bruxelles en compagnie de sa sœur Emily, totalement occultée dans Villette. Paul Emmanuel n’est autre que M Heger, le professeur de littérature du pensionnat où elle exerçait, vis à vis duquel, Charlotte succomba aux affres de  la passion. On retrouve aussi la traversée de Londres puis l’embarquement en pleine nuit sur le bateau qui l’amena en Belgique. On retrouve également  les premières fois où Charlotte fréquenta la société Londonienne, se rendit à l’opéra par exemple.

 

Mais surtout on retrouve le style de Charlotte Brontë, sans concessions, affirmant ses idéaux et laissant au lecteur la possibilité de pénétrer ses pensées torturées. Charlotte Brontë ne triche pas, elle dit la vérité, c’est une obsessionnelle de la vérité et j’aime ces auteurs là, elle est mystique mais vraie : «  Malgré tout, je crois qu’un mélange d’espérance et de soleil adouci le sort des plus malheureux. Je crois que la vie n’est pas du tout un début ni une fin. Et je crois tout en tremblant- j’ai confiance tout en pleurant. »


Ce long passage, particulièrement touchant est je crois un condensé de la vraie Charlotte Brontë : «  Et, avec ma timidité caractérisée, je me retranchai dans ma paresse comme un escargot dans ma coquille, prétextant de mon incapacité, pour ne pas faire une chose à laquelle je désirais échapper. Abandonnée à moi-même, j’aurais certainement laissé passer cette chance unique. Pas le moins du monde aventureuse, sans aucune impulsion à des visées pratiques, j’aurais été parfaitement capable de continuer pendant vingt ans à enseigner le syllabaire à des petits enfants. Non pas que la satisfaction du devoir accomplit excusât cette résignation aveugle : ma besogne n’avait pour moi aucun charme, je m’y intéressais à peine. Mais je comptais pour beaucoup le fait d’être sans inquiétude profonde et d’être dispensée de lutter ; ne pas souffrir ou souffrir peu, était le seul bonheur auquel je pus espérer atteindre. D’ailleurs, deux vies se confondaient en moi : l’une de rêves, l’autre de réalités ; et pour peu que mon imagination puisât dans les songes suffisamment de joies pour nourrir la première, les privilèges de la seconde pouvaient se limiter au pain quotidien, au travail de chaque heure, au toit pour la nuit ».


Villette est un livre fort, qui se mérite, qui se lit plus qu’il ne se dévore. Dans Jane Eyre, publié en 1847, on sent toute l’exaltation de la femme qu’était Charlotte Brontë. Dans Villette, la même exaltation est palpable, mais ombrée de désillusions...le livre sort en 1853, deux ans avant sa mort.

Alors que dans Jane Eyre, il y a un happy-end presque trop prévisible, dans Villette, le suspens est présent jusqu’à la dernière page et disons que la fin suscite  bien des interrogations...

 

Je suis fasciné par les Brontë et Villette ne fait qu’entretenir ce mythe.

 

C’est étrange : on sait que Charlotte Brontë souffrait de troubles bipolaires comme beaucoup de très grands artistes. Généralement, les maniaco-dépressifs sont créatifs quand ils sont en phase d’excitation. Plus j’en sais sur  les sœurs Brontë et plus je me demande si elles ne créaient pas lorsqu’elles étaient en phase dépressive, en proie à la plus grande solitude.

 

Quel livre singulier que ce Villette!

 

Si vous aimez les univers sombres, les sentiments profonds, le romantisme exacerbé, la beauté sombre, les apparitions spectrales et la poésie de la nature, vous allez adorer ces 710 pages écrites en petits caractères.

 

Sinon ne montez pas dans le train.

 

Charlotte Brontë ferait presque  passer les romans de Jane Austen pour des bluettes sans beaucoup de saveurs.

 

Je vous laisse avec Charlotte qui dans ce passage est presque en communion avec sa sœur Emily.

Voici ce qu’elle fait dire à Lucy Snowe, son héroïne dans Villette : «  A cette époque, bien des choses suffisaient pour m’émouvoir : je craignais, par exemple, certains phénomènes du temps, parce qu’ils réveillaient en moi l’être que je m’efforçais toujours d’endormir et excitaient des désirs qu’il m’était impossible d’assouvir. Un orage éclata, une nuit, une sorte d’ouragan nous secoua dans nos lits : affolés les catholiques se levèrent pour se confier à leurs saints. En ce qui me concernait, la tempête tyrannique me maîtrisa : profondément remuée, je me vis contrainte de vivre. Je me levai et m’habillai à la hâte, et, me glissant par la croisée, tout à coté de mon lit, je m’assis sur le rebord de la fenêtre…j’éprouvais trop de plaisir à demeurer au milieu de cette nature déchaînée, dans cette nuit noire que le roulement du tonnerre emplissait de rumeurs – il chantait une ode assourdissante telle qu’aucun langage humain n’en exprima jamais ; le spectacle de ses nuages que sillonnaient et illuminaient des éclairs aveuglants de blancheur était trop magnifique. A ce moment, j’avais une envie folle de me voir enlevée par n’importe quoi, tirée de mon existence actuelle, menée au loin, vers des buts plus élevés. Mais ce désir, je devais l’étouffer… »

 

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Published by Mind The Gap - dans Les Brontë
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commentaires

somaja1 22/10/2013 19:00


Charlotte Brontë sors de ce corps !!!


Ben voilà que tu es reparti...heureusement qu'elles n'ont pas eu une carrière à la Victor Hugo, hein ? Parce que tu devrais prendre un loooong congé sans solde pour assouvir ta passion ! 



Très beau billet qui non seulement me donne très envie de lire des petites lettres pendant plus de 700 pages, mais en plus, ce billet me rassure : n'ayant jamais créé quoi que ce soit de ma
vie...ouf ! je ne suis ni dépressive, ni bipolaire ! merci Mind !

Mind The Gap 23/10/2013 09:09



Heu on peut être créatif sans être bipolaire...regarde christophe Maé par exemple...heu mauvais exemple. Finalement vive les artistes dépressifs!!


Je viens d'acheter " Le professeur" du Charlotte Brontë qui fut son premier roman refusé par les éditeurs et visiblement une ébauche de Vilette...


Bises Somaja, c'est toujours un plaisir de te voir ici!



Valentyne 16/10/2013 17:39


Quel enthousiasme ;-) 


Je note pour mon prochain pavé de l'été (je ne lis des pavés que l'été (lol) 


bises 

Mind The Gap 17/10/2013 08:16



Ha oui alors...vivement l'été...en belles lectures Val !



Bene31 16/10/2013 11:19


Ton enthousaisme est communicatif !! J'ai lu les Hauts et Jane Eyre, j'ai Agnes Grey dans ma PAL depuis des lustres...Tu me donnes envie de me replonger dans leur univers !! 

Mind The Gap 16/10/2013 12:00



Merci !! Il me reste un livre de Anne et encire 2 de Charlotte pour avoir lu tous les romans achevés des 3 soeurs. J'ai lu Agnes Grey...c'est pas mon préféré mais c'est un sacré livre néanmoins!



Soène 14/10/2013 18:32


Alors là, non j'veux être maraboutée, moi
Si j'étais La Douce, je te filerai des coups de bâton pour cette passion
C'est fou ça, tu devrais aller te faire psychologer, c'est un TOC, ça doit être remboursé par la Sécu !


Bref, tu as trouvé comment tirer une chronique même si ce n'est pas ton boulot


Je lirai tout ça quand je serai en maison de retraite


Et si je puis me permettre une réflexion tout à fait personnelle, j'aime bien les Protestants, ils sont plus authentiques et leur capacité à rester debout est énorme ! J'en connais, c'est pour
cela que j'affirme...


Bonne soirée et gros bisous de ma tour d'en bas. Si, j'y suis encore car j'ai rendez-vous à 19 h 45 avec Bébel, le vrai !


 

Mind The Gap 15/10/2013 08:36



S'il suffisait de coups de bâtons pour éliminer une passion, ça se saurait depuis le temps. Et puis c'est pas mal comme passion, c'est mieux que collectionner les boites de camenbert...


Bébel? Non t'as rendez-vous avec Jean-Paul Belmondo? C'est quoi ce délire...si c'est vrai prépare toi au choc et souviens toi de ce que disiat De Gaulle sur la vieillesse...


Coté religion j'y connais rien et je crois en rien mais basiquement, le fait pour les pasteurs de pouvoir se marier et avoir des enfants et ne pas croire à la Sainte Vierge me semble
effectivement plutôt bien...


Gros bisous.



Syl. 14/10/2013 15:40


Isa veut dire Rochester !

Mind The Gap 14/10/2013 16:55



Oui bien entendu, mais peut être qu'elle a lu un autre livre avec un Dorchester dedans,  elle a tellement lu...



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