Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 00:12

O.S

eglantine

 

Je n’ai jamais eu de chance avec les femmes, je les ai fait rire souvent, pleurer parfois, mais visiblement je n’ai pas réussi à les rendre heureuse.  Il faut dire que je n’ai déjà pas eu de chance sur la plan sexuel, alors imaginez  la difficulté pour entreprendre  une relation durable Je  veux dire que le passage à l’acte a toujours été problématique avec les femmes  Est ce les femmes qui sont impossibles ou moi qui ne  suis pas doué ? A vous de juge...

 

D’abord j’ai rencontré  Natacha. Au moment opportun, je l’amenais dans la nature riante et ensoleillée. C’est alors, qu’elle me dit d’aller siffler la haut sur la colline, de l’attendre avec un joli bouquet d’églantines. Je m’exécute, ce n’était pas la saison des églantines mais j’ai trouvé de jolies jonquilles. C’était déjà pas mal non ?  Je suis monté, j’ai attendu et elle est venue…accompagnée d’un laboureur rencontré en chemin . Elle me dit, oh ne sois pas choqué, c’est encore mieux si on est trois. Je lui dis que dans ce cas, sa sœur avait un si joli petit cul que ma foi, ça vaudrait peut être le coup d’être quatre….elle m’a giflé. Je ne l’ai jamais revue…

 

Ensuite il y eut Anna. Au moment de la déshabiller, elle me dit , écoute, sans contrefaçon je suis un garçon. Ok lui dis-je tout sourire, sur d’avoir une belle répartie,  ça ne me dérange pas, le nec plus ultra en ce paysage, c’est d’aimer des deux cotés…elle m’a giflé. Deux fois, une gifle par coté .Je ne l’ai jamais revue.

 

Après Anna, j’étais bien contrarié mais que voulez vous, il faut bien que jeunesse se passe, arriva Ela, la cérébrale. Il lui fallait des mots, toujours des mots pour flatter son ego et nourrir son imaginaire amoureux. On parla, devisa, jacassa, discuta (les mots me manquent). Mais une fois épuisés tous les ustensiles de la cuisine  platonique, je voulus qu’ Ela passe à la casserole. Et là elle me dit, tu es si près de moi que je ne sais pas comment t’aimer, moi seule peut décider qu’on se parle d’amour ou d’amitié. Je lui ai dit que la meilleure façon de s’aimer c’était qu’elle se mette  à quatre pattes sur la table de la  cuisine. Elle m’a giflé. Je ne l’ai jamais revue.

 

Enfin, j’ai croisé Cassandra. Après des semaines de tergiversations, je lui proposais la bagatelle (drôle d’expression pour désigner l’attribut masculin…).

Elle me dit, pourquoi pas mais je préfère l’amour en mer, c’est juste une question de tempo.

Ok, motivé comme un gnou, je loue un bateau mais voilà, la mer était agitée cet été là, je fus malade et au moment fatidique, j’ai vomis  mes tagliatelles . Elle m’a giflé, je ne l’ai jamais revue.

 

Aujourd’hui j’en ai assez . Je n’ai pourtant pas encore rencontré  de Laura. ni d’Elisa . Faudrait jamais désespérer. Je viens de voir Katy Perry en concert, j’étais au premier rang juste pour vérifier à quel point ses tenues sont aérées et aériennes. Hé bien ce que j’ai vu est la preuve irréfutable  que Dieu existe : elle est fille de pasteur et a commencé en chantant dans les églises…cette évolution  ne peut être que l’œuvre de Dieu…

 

Finalement soit les femmes sont vraiment des éternelles insatisfaites soit je suis  vraiment un obsédé sexuel...

 

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 00:12

chloé

 

 

Chloé n’avait rien pu faire pour sauver son âme.

 

Par  une belle journée  de décembre, elle sortait de son travail et s’apprêtait à rentrer dans sa chambre  soupentée, exiguë et sombre, comme son existence. David sortait de la fac voisine, et une fois encore, le hasard allait relier le vide au manque.

Ce jour là, Chloé avait glissé sur le trottoir blême et s’était retrouvée par terre, la tête contre la cabine de téléphone, rescapée d’un siècle où l’amour et les mots avaient encore de l’importance.

 

Chloé se releva et David l’aida. Chloé  était une fois et demie plus âgée que lui, un peu trop intelligente, un peu trop naïve, un peu trop rêveuse, un peu trop bavarde. David était  beau, un peu trop frais, un peu trop renfermé, un peu trop fêlé. 

 

David et Chloé commencèrent par avoir peur l’un de l’autre. Puis petit à petit, David qui n’avait jamais parlé à quiconque se mit à tout dire à Chloé et le miracle se produisit, elle lui répondit. Qui n’a pas rêvé un jour de trouver enfin quelqu’un pour lui répondre ? Parler est  déjà difficile en soi  mais  partager tient du  miracle.

 

Vous commencez à comprendre :  ils auraient pu seulement rester amis ou devenir les plus beaux amants de l’univers mais les anges gardiens des ténèbres en avaient décidé autrement.

 

David aimait Chloé comme une amie, Chloé aimait David, passionnément. C’était son héros,     son Heathcliff, sa gourmandise nocturne et son cauchemar diurne.

 

Vous imaginez la suite…en fait vous connaissez tous et toutes un peu Chloé :  l’euphorie de l’impossible  conquête… la plongée dans l’abîme...

 

Chloé savait qu’après David, elle ne rencontrerait plus jamais l’amour, elle n’avait pourtant que trente cinq  ans. Elle savait que pour elle, plus jamais de sieste sous les tilleuls, seulement la survie sous un linceul.

 

David savait qu’il devait la laisser s’échapper.

Mais avant qu’il ne puisse la délivrer, Chloé le harcela, le supplia, l’implora, le toucha si fort dans l’âme qu’il n’eut pas le courage de refuser. Les hommes sont faibles  lâches et égoïstes, les femmes sont...femmes.

 

Chloé voulait être mère, elle voulait un enfant de lui. Elle lui jura de ne plus jamais le revoir après, les yeux ne mentent pas, pas ceux de Chloé, jamais face à  ceux de David.

 

La nature entendit les prières de Chloé mais n’admit pas qu’on puisse lui forcer l’amen.

 

Chloé parvint à être enceinte, elle tint sa promesse et ne revit plus jamais David.

 

La période des neuf mois se passa dans la solitude et  l’exaltation de l’attente. En somme tout se passa aussi bien que les circonstances le permirent. Jusqu’au jour de l’accouchement.

Le bébé mourut quelques heures à peine après sa naissance. « Il est né le livide enfant, sonnez le glas, résonnez disettes… »


Chloé a toujours  dans son cœur racorni la balafre  de cet être inanimé…

Le temps n’abrège rien, n’efface rien. Les sentiments se diluent mais pas la peine.

 

David est marié et heureux père de famille. Les lois de l’amour et de la nature sont impitoyables, l’être humain n’est qu’une insignifiante particule de rien du tout.

 

Chloé qui était si bavarde  ne parle plus que pour son travail. Elle ne vit plus à Paris, elle a fuit. Elle lit dans son jardin troué sur l’océan,  en particulier les poèmes d'Emily . Son  regard bleu azur s’engouffre toujours dans les brèches marines qu’elle réinvente à l’infini.

 

Même  le temps n’ose  pas altérer son teint diaphane.

 

Chloé  m’écrit souvent : dans sa dernière lettre,  il a néigé sur la bruyère endormie par l'hiver et seul le clapotis des vagues vient troubler le silence immaculé de l'hiver. Les fantômes sont d'une omniprésence on en peut plus discrète lordqu'il neige...

 

Chloé me parle rarement, elle survit admirablement, ombre parmi ses ombres. Je ne peux rien pour elle mais je suis là.

 

Chloé est ma sœur et je l’aime.

 

 

 

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 10:28

plumes nouvelle version

 

Voici ma participation aux plumes d’Asphodèle édition des vacances de Noël.


Les mots à utiliser sont les suivants : Choix, devoir, se battre, crime, pingouin, amarres, divorce, étendard, vent, nuage, écrire, aspirer, s’envoler, s’évader, fraternité, cascade, clameur, chuchotement(s).

N’ayant aucune inspiration pour raconter une histoire, je vous propose un petit abécédaire à partir des mots sélectionnés, que je termine à l'instant...

 

 

Choix : illusions qui donnent à penser à l’être humain qu’il peut influencer le cours de sa vie. Certes, les chemins sont multiples, tout est question de choix,  mais tous les chemins mènent à Rome…

 

Devoir : façon d’agir qui soulage la conscience et brime l’inconscience.

 

Se battre : vivre, exister ou s’auto-monter en neige si l’on est un œuf.

 

Crime : acte rarement gratuit qui excite la ménagère de plus ou moins cinquante ans le soir au journal télévisé.

 

Pingouin : se dit de quelqu’un qui n’est pas manchot.

 

Amarres : liens qu’on veut larguer quand on a quarante ans. Synonyme : femme/ mari  et enfants.

 

Divorce : séparation de deux anciens et futurs célibataires.

 

Etendard :  attribut sanglant élevé dans une célèbre chanson  (sans connotation sexuelle).

 

Vent : pet s’il est de nonne, brise s’il est d’autant mais dans ce cas il est emporté...

 

Nuage :  particule d’aube transformée en fibre de coton afin de rendre nos vies plus légères.

 

Ecrire : inventer des souvenirs pour guérir ses blessures.

 

Aspirer : Faire le ménage avec son Dyson turbo killer de poussière (pour ceux qui sont pétés de tunes) ou avec sa bouche (en soufflant sur la poussière pour les fauchés).

 

S’envoler : se prendre pour un oiseau.

 

S’évader : voir nuage.

 

Fraternité : troisième canard boiteux  d’une célèbre devise républicaine.

 

Cascade : succession de plaisirs orgasmiques qui trempent leur heureux bénéficiaires.

 

Clameur : période avant la cascade.

 

Chuchotement : période avant la clameur.

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 00:12

homme triste 1

 

Voici  mon quarantième texte de création littéraire. Je veux profiter de cette occasion pour vous remercier  de prendre un peu de temps  pour venir ici lire  des bribes de vies imaginaires...


Nobody Knows.

 

Le bruit sourd qui me réveilla au petit matin n’était rien d’autre que l’une des piles de livres du salon qui venait de s’effondrer. Les meubles, le vieux piano en bois   et les ombres devaient s’organiser pour exister au milieu de mes livres. Cela rendait John totalement cinglé, lui qui avait des étagères remplies au cordeau pour stocker tous ses trésors littéraires.

 

Je n’avais jamais pensé qu’un jour je deviendrais propriétaire d’une prison de quatre murs. Je pense que John non plus . Et pourtant !

 

Nos deux maisons bordaient le chemin qui mène à la Pointe des Paradoxes, et c’est là que je l’avais vue pour la dernière fois. Elle m’avait donné un peu d’elle-même ces trois jours là, puis s’était évaporée pour toujours, comme un arc-en-ciel chassé par les rayons du soleil. Depuis, j'arpentais la lande et les sentiers en bordure des falaises, je prenais en photo les paysages les plus majestueux et j'essayais de fantasmer  mes photos sur des toiles. J'en accrochais certaines aux murs exigus du salon et je jurerais que certains soirs, mes piles de livres profitaient de l'obscurité pour changer d'orientation dans la pièce et se tourner en douce vers mes peintures.

 

Ainsi, j’avais tout plaqué pour venir me transformer en sentinelle. Cette maison de pierre, avec sa terrasse surplombant la falaise, était tout droit échappée d’un tableau mélancolique. Le bruit de l’eau était omniprésent, celui des flots évidemment,  mais aussi celui de la petite fontaine d’intérieur qu’elle m’avait offerte. Le ruissellement continu de l’eau sur les galets oxygénait le sang bleu-noir qui coulait dans mes veines.

 

Je  mettais en marche la fontaine pour écrire des romans insipides ou des histoires sentimentales à dormir debout qui me permettaient de vivre financièrement.

 

En face de moi : l'Angleterre.

 

A coté de moi : l'anglais.

 

En effet, John habitait la maison en contrebas de la mienne et nous étions seuls devant  cette portion d’Atlantique. Il péchait, faisait la  cuisine, entretenait et réparait nos maisons et mon jardinet, et rendait de menus services aux alentours. Les massifs d’hortensias et les roses aimaient John. Quant à moi,  je lui remplissais le frigo et effectuais pour lui les tâches administratives. John parlait un peu ma langue et moi la sienne mais jamais deux êtres ne se comprirent aussi bien que lui et moi.

 

Nous n'évoquions quasiment jamais  nos fuites respectives comme si elles devaient rester des icones de marbre. La sienne était aujourd’hui un fantôme, la mienne un  simple souvenir .

 

Devant nous se dressait le Old Man Of Store, sorte d’obélisque de granite plantée dans l’océan. Cette roche était un doigt d’honneur aux dieux diaboliques du ciel.  Ce ciel qui m'attristait, cette terre  qui me tiraillait.

 

Le hasard n’existe pas et il se trouve que John et moi,  qui organisions  paisiblement notre  petite mort devant l’océan, étions nés exactement le même jour de la même année. Et à chaque anniversaire nous nous donnions  un an supplémentaire pour dénicher  les livres que l’autre n’avait pas et qui lui permettraient de fuir jusqu'à l'année suivante.

 

Nous ne savions plus vraiment l'âge que nous avions, le temps n'avait plus de prise sur nous, seules les fleurs de la bruyère environnante finissaient par se faner.

 

John me trouvait des livres anglais rares traduits en français, et moi je lui offrais des grands classiques français traduits en anglais. Tous ces ouvrages parlaient de ce qui est impossible...

 

Et puis,  le soir de notre anniversaire, John  venait dans ma maison, il jouait de l' harmonica, mais jamais du  vieux piano . En effet,  "elle" avait été pianiste de l'orchestre du Royal  Albert  Hall de Londres.

J’apportais une bonne bouteille, celle qu’"elle" préfère encore sûrement aujourd’hui. "Elle" est maître de chais quelque part dans le Sud Ouest de la France.  Après le repas, le divin breuvage et les morceaux de musique mélancolique , je mettais en route la petite fontaine dont je colorais l’eau en turquoise pour l’occasion, et nous attaquions alors  l’un de nos  précieux médicaments.

 

Ce soir là  , le livre de poèmes que m’avait  offert John  racontait notre existence commune. Il avait  fait fort pour cet anniversaire là .  Je me souviens encore du  début du premier poème...

 

L’aube a bu sa transparence

Nobody Knows,

Ghost elle est infiniment

Nobody Knows,

 

L’aube a su la lune entendre

Nobody Knows,

Nulle vie, nul ressentiment,

Nobody Knows

 

Je me souviens aussi que  lors de cet anniversaire , pour la première et dernière fois, John s'est mis au vieux  piano désincarné.  Voici ce qu'il a chanté...

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 00:12

tigreDans mon dernier article, je parlais des insomnies, voilà maintenant une histoire non pas sous extasy mais sous insomnie...le matin on est K.O.

 

C’est normal, tout est K.O,  tous nos idéaux  sont des mots   abîmés.  

 

La conséquence du manque de sommeil  c’est qu’on drossit : en effet,qui dort dîne !

Là ça devient intéressant puisque si on grossit, on  ne dîne plus et alors on gagne du temps et le temps c’est de l’argent !

Alors on va gagner plus d’argent en dormant (Les hommes sont mortels, Socrate est un homme donc Socrate est mortel…à lire ).

 

Donc on va gagner plus en travaillant moins et sans rien sentir puisque l’agent n’a  pas d’odeur ! C’est comme les produits qui font maigrir en dormant et qui allègent nos portefeuilles.

 

Avec plus d’argent on sera plus  heureux…c’est bien connu l’argent ne fait pas le bonheur mais il contribue.

Et qui dit bonheur, dit amour.

 

Mais on ne  le verra pas ce bonheur puisque l’amour rend aveugle.

C’est paradoxal puisque normalement loin des yeux , loin du coeur  . Et pourtant, plus je m’éloigne et plus je t’aime, c’est le paradoxal système.

 

Or chagrin d’amour (chacun fait fait fait, ce qui lui plait plait plait)  dure toujours !Ha mais non c’est plaisir d’amour qui dure toujours…je sais plus, c’est pas ma génération et je suis d’une génération désenchantée !

Mais si l’argent n’ a pas d’odeur, l’amour,  lui,  est un bouquet de violettes.

Même au raz des pâquerettes , c’est l’été dans notre tête et puis  un jour colchiques dans les prés, c’est la fin de l’été…

 

Je ne sais plus  où j’en suis , je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

 

J’ai perdu la tête depuis que j’ai vu Suzette sur l’autoroute du soleil. Je m’en allais  là haut vers le brouillard, elle descendait  là bas dans le midi (le midi !)  Cette fille m’échauffe les sens, comme un adolescent, je déraille bon sang ! Alors je monte  vers le Nord mais  plus je monte vers le Nord, plus mon amour devient fort. Au nord, c’était les corons…

 

Non là ça suffit les conneries, Pierre Bachelet c’est pas possible, faut que je dorme!

 

J’ai perdu la boussole, apportez moi la camisole !

 

Voyez, mesdames et messieurs, faut dormir la nuit autrement on écrit des histoires à dormir debout !

 

Merci et pardon à Mylène Farmer, Laurent Voulzy, Chagrin d’amour, Nana Mouskouri, Luis Mariano, Michel fugain, Dany Brillant, Alain Chamfort et Pierre Bachelet pour leur participation involontaire à cette chose.

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 00:12

cabane

 

Voici ma participation aux plumes d'Asphodèle, nouvelle version.


Les mots proposés cette semaine sont  : funèbre – larme – ribambelle – cheminement – fleur – manifester – foule – costumes – rose (couleur ou fleur) – atmosphère – succession – carnaval – piquer – bleuté – attelage – embaumer – ancolie – cérémonie – tête – défiler – abattre – admirable – acclamation.

 

La Cabane.

 

Ce matin là, Camille avait quitté le village au moment où le rose du ciel illumine temporairement les pupilles matinales des être restés humains .

 

C’était la fin du printemps, Camille emprunta le sentier qui partait derrière l’église, se poursuivait à travers le bois  pour parvenir à une crête herbeuse dominant la vallée industrielle d’où elle était originaire. La jeune femme  s’arrêta à la porte d’une cabane autrefois pastorale. On pouvait encore imaginer les lourds attelages de chevaux de traits labourant les prés, même s’il ne restait actuellement que quelques paisibles moutons  alentours.

 

Le cheminement de Camille fut agrémenté des parterres de fleurs émergeant d’un brouillard hivernal aujourd’hui défunt. Les campanules  embaumaient l’atmosphère rieuse de cette  petite montagne tandis que les primevères regroupées en nuées semblaient tout droit  échappées d’une peinture éphémère.

 

La crête où se trouvait Camille n’était qu’une succession de bulles de rosée posées sur de fragiles corolles. Mais  l’ancolie bleutée ne parvenait pas à faire oublier l’odeur de souffre rance issu de la vallée.

 

En effet, ce matin là, une ribambelle d’ouvriers du village et des bourgs alentours étaient réunis pour défiler  et manifester leur colère devant la fermeture prochaine de leur aciérie.

Pour l’occasion, ils avaient revètu leurs costumes  de travailleurs manuels et les clameurs de la foule parvenaient jusqu’à la cabane. On aurait dit un carnaval funèbre.

Les acclamations des leaders syndicaux résonnaient comme un requiem lugubre joué par des revenants dans une chapelle bientôt désaffectée. 

 

Camille sentit un serrement de son cœur, ses yeux se mirent à lui piquer mais elle ne voulu pas pleurer. Les larmes de rage de son père et de son frère l’avaient secouée  et elle culpabilisait de n’être pas avec eux pour partager cette cérémonie macabre. L’aciérie était ce qui permettait  aux habitants du village de vivre, et de leur éviter  de  sombrer dans la folie. Que feraient-ils sans leur outil de travail, eux qui n’avaient pas d’autres buts en tête que de faire vivre leur famille ?

 

Gaspard était l’un des contremaîtres de l’usine, un travailleur admirable qui n’avait jamais démérité. Il était l’un des représentants des salariés lors des négociations avec les propriétaires de l’usine. Et puis, après avoir abattu ses dernières cartes, il avait rendu celle du syndicat. Il allait devoir assurer l’avenir de sa femme et de  ses trois enfants sans l’usine.

 

Mais ce matin là, Gaspard partit rejoindre Camille dans la cabane et pendant que la foule hurlait à la mort, les deux amants poussèrent  des  petits cris d’amour rien qu’à eux.

 

La désindustrialisation fait taire les plaintes des machines mais elle ne peut stopper les cris d’amours, pas plus que la morale, cette inhumaine machine humaine...

 

plumes nouvelle version

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 00:12

des mots une histoire

 

La 77ème édition de Des mots, une histoire , l’atelier de création littéraire d’Olivia, a donné les mots : nuitée – zouk – cadenasser – blues – ventiler – vitreux – bigre – communauté – épice – s’abandonner – pénombre – antichoc – téton – escargot – érable – rancune – massage – détonation – rouler – évanoui


Ce texte est la suite de celui ci : Le vieux banc

 


Hé bien moi Monsieur, je ne me souviens plus…ma mémoire est cadenassée, mon esprit ne ventile plus. Vous me souriez si souvent…êtes vous mon amour, mon frère ou mon voisin ?

Je m’abandonne à vous, sans heurt ni crainte. Je ne sens somme un escargot qui rentre dans sa coquille pensant qu’elle est antichoc alors que n’importe quel nuisible de la communauté des hommes peut l'écraser comme un…un puceron ?

 

Bigre ! Que le temps s’évanouit,  mon regard devient vitreux, avant j’avais les yeux si bleus, je pleurais des perles de jade. Mes larmes sont sèches, le sel s’est comment dit –on déjà ? Evanoui ? Edulcoré ? Cristallisé ?

 

Avant j’étais une princesse, les princes chantants cajolaient  mes tétons . Je ne me souviens plus de Cendrillon ni du reflet du miroir dans la pénombre de ma chambre.

 

Je suis si vieille, je ne me souviens plus de rien.

 

Aujourd’hui, j’ai le zouk du temps qui passe, celui où je dansais sur ce groupe  de blues…je ne  me souviens plus de son nom. Vous en souvenez vous ? C’était il y a trente siècles je crois et des milliards de nuitées. Les années n'ont plus de lumières, le temps roule dans mes veines mais je suis frigorifiée.

 

Je ne me souviens plus, me voilà sourde à vos massages de tendresse, pourquoi donc vous acharner à créer des détonations dans mon être enténébré ? Je ne vous en tiens pas rancune…mais que faisons nous sur ce banc dans cette forêt d’érable ?

 

On attend le carrosse ? Celui de Cendrillon ? Pourquoi ai-je tellement froid ?

 

 

Bon, vous en avez marre de lire des choses tristes…alors voici un deuxième texte plus léger… je vous présente Daphné et Ludo.


C’était la première nuitée dans cet hôtel glauque pour Daphné et Ludo. Oui mais voilà, ce soir  Ludo était plus allumé que le réverbère du coin de la rue…

 

-«  Abandonné…oui abandonner…tant pis s’il faut payer…c’est beau et il le sait…d’être  abandonné ! »

-         Oh Ludo, cesse de beugler ces paroles insipides…c’est juste insupportable!

-         Quoi ? Ces paroles elles viennent de loin, elles viennent du blues…c’est toute la musique que j’aime !

-       Fais moi rêver Ludo, je sais pas moi, invente-moi du Zouk, de la biguine, du trémoussé…arrête ta comédie   musicale…"pour une biguine avec toi…je ferai n’importe quoi…pour une biguine…avec toi".

-         «  Abandonné…tant pis s’il faut payer…d’avoir toujours donné… »

-         Franchement, du Johnny dans la pénombre de cette chambre, ça craint…c’est comme si d’un point de vue érotique,  Mireille Mathieu se foutait à poil sur une table de massage, écartait les jambes et…

-        Daphné, ça te dirait pas de te prendre pour Mireille Mathieu justement, là tout de suite ? Si je tâtais tes tétons tatoués, s’évanouiraient-ils façon escargot dans une  coquille ou s’érigeraient-ils façon statut de la liberté ?

-         Bigre, te voilà bien entreprenant…ceci dit quand je vois ton œil vitreux je me marre...

-       Ah Daphné, laisse moi commander du sirop d’érable en bombe pour t’enduire le corps et te lécher jusqu’à plus soif…ensuite promis  je te chanterai du Christophe Maé!

-         Hé bas les pattes, j’ai mis mon soutif antichoc et tu ferais mieux de ventiler au lieu de baver sur ta chemise…tu vas finir par avoir une attaque avec tout le cognac que t’as sifflé aujourd’hui…

-         «  Ho abandonné…tant pis s’il faut y aller…oui aband… »


A ce moment précis, on entendit une détonation. Etait-ce le voisin de chambre qui venait de liquider Ludo  pour lui apprendre les règles de vie en communauté ?

Pas du tout, il ne s’agissait que de Ludovic de la Roche Durban  qui venait de tomber, ivre mort, non sans avoir lâché un pet retentissant, aux odeurs d’épices, de chili con carné et de lardon mal fumé.

Pauvre Daphné.

Moralité, vaut mieux être seule que mal accompagnée, mais tout vaux mieux que du Christophe Maé…

 

PS: J’implore le pardon aux fans de Christophe Maé et de Johnny Hallyday…deux grands artistes quoi que l’on en pense !!

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 11:28

 

banc

 

J'ai lu ici  un texte magnifique d'Asphodèle (pléonasme) commençant par " Je me souviens".

Alors moi aussi j'ai eu envie de me souvenir...à ma manière.

Lidée originale vient de chez Gwen que vous pouvez retrouver ici.


Moi  aussi je me souviens…la  mémoire est sélective, mon cœur vieillot n’a plus de place et je ne puis l’éclaircir comme s’il s'agissait d'une  étagère de ma bibliothèque.

Je me souviens enfant alors  petit bout, de mon espoir  d’être juste normal. Aller à l’école pour étudier et jouer avec les copains. Mais pour moi, pas de copains. Le jour où j’arrêtais un ballon de football avec les mains sans être gardien de but, je devins la risée de la cour d’école. Les récréations n’en furent plus, comment leur expliquer que je n’avais pas de père et que ce ballon me rendait prisonnier ?

 

La lecture ne m’avait pas encore sauvée…Je rêvais alors d’être magicien mais c’est la vie qui m’a joué des tours.

 

Je me souviens de la première fée, irréelle comme une étoile filante, brillante comme l’étoile polaire, sa voix lactée me terrassa méthodiquement. Amoureux ? A cet  âge on ne tombe pas amoureux, on aime, on fait l’amour, on papillonne…l’amour est bien trop obscur lorsqu’on a pas encore vingt ans.

 

Je me souviens de la beauté du couchant sur la plage aux contrebandiers, de la majesté du levant sur le sommet enneigé…du mariage blanc de la neige et du feu. Je me souviens du jour où tu m’as aimé pour la première fois, de la nuit où  je t’ai amenée à la maternité en catastrophe avec trois  sacs remplis à ras bord…la sage femme nous a demandés où nous partions en voyage … Heureusement qu’il n’y  avait pas encore  de maternité low-cost comme pour les compagnies aériennes, sans cela on était en surcharge de bagages…un comble pour moi qui n’ai pas fait d’études.

 

On l’appela Lizzie parce que c’était elle, parce que c’était nous et que nous l’avions  promis à Jane lors de nos voyages dans sa campagne anglaise  Jane est toujours sur notre étagère de bookins mais tu ne la lis plus…

 

Je me souviens des promenades à trois dans la forêt de bambous, des pauses sur les vieux bancs patinés par le temps, des rayons de soleil entreprenants qui caressaient ton visage  et s’immisçaient entre tes lèvres. Tu étais si belle que seule l’ombre pouvait te  mettre en valeur. Au soleil tu rougissais, dans ton sommeil parfois tu rugissais, et moi j’étais borderline.

 

Je me souviens des années douces et roses, du quotidien sans prose, de mes premières lunettes, de tes premières rides…de cette pétasse blonde qui te donnait systématiquement des crèmes anti-âge à la parfumerie et que tu haïssais hystériquement.

 

Je me souviens encore je me souviens si peu…du temps qui passe, de l’amour qui lasse. Les bambous sont toujours là,  les bancs n’ont pas cassé, les amoureux se bécotent encore sur leur assise et  tu es toujours belle.

 

Lizzie est partie vivre sa vie loin de la notre…et tu ne te souviens plus de rien…tu voudrais bien mais ton cerveau s’est vidé, ton sablier n’a pas su se retourner.

 

Cela ne fait rien, je me souviens pour deux,  et me raccroche encore à la vie et à ton bras, ma douce amie.

 

 

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 00:12

extase

 

Le jour où Lisa  m’a quitté, je m’en souviens comme si c’était hier. La vétusté des sentiments ne connaît pas  l’usure du temps. Il n’y aurait plus jamais de volubiles échanges dans ma maison, plus jamais de rires dévastateurs, plus jamais de mensonges, il ne resterait  désormais que des rêveries mélancoliques...

 

Son départ allait causer une vacance à durée indéterminée de mon cœur. Il fallait regarder la vérité en face, je n’aurai personne pour partager les tasses de camomille et de verveine lorsque je serai tout décrépis. Lisa  était le souffle  qui maintenait ma bougie vacillante  du coté des vivants .

 

Je sais bien que vivre à deux les vicissitudes de l’existence est voué à l’échec. Dès lors qu’on est un tant soit peu honnête et qu’on refuse la vision de biais,  cela n’a pas plus de sens que d'ériger  des tours Eiffel en allumettes.

Quoi qu’on fasse, on est seul et l’autre ne peut rien pour l’autre. La vie transforme peu à peu notre sang en vinaigrette acre et aucun vampire ne saurait nous le sucer voluptueusement sans ressentir l’écoeurement.

 

C’est un mardi que Lisa à tout envoyé valser. Le mardi est un jour pourri. Je n’ai pas fait grand chose pour la retenir, même là j’ai été nul, tocard jusqu’au bout.

Lisa est sans vice et sans malice mais elle fait partie des personnes qui ne regardent jamais dans le rétroviseur. Ces humains là sont plus cabossés que les autres : ils font hélas  le bonheur des carrossiers professionnels qui colmatent les chocs sans aucune franchise.

 

Le croirez vous : ce jour là, il était prévu que je saute à l’élastique du haut du viaduc des enfers, un vaste ouvrage de 150 mètres de hauteur. Hé bien j’ai maintenu le rendez-vous.

Pourquoi rester chez moi à remplir une  vasque de larmes vagabondes alors que je pouvais m’offrir des sensations fortes ?

C’est tout ce qu’il reste à ceux qui ont perdu leur vibration interne. Et puis, au pied de ce pont, se trouvait un cabinet de véto. Je me dis que si ça tournait mal, l’un des docteurs pourrait toujours  me piquer…on abrège bien  les souffrances des animaux non ?

 

Le saut s’est bien passé, j’ai pris la position d’un oisillon véloce  s’apprêtant à voler pour la première fois mais quand le moniteur m’a ostensiblement  donné l’impulsion nécessaire pour me jeter dans le vide, j’ai eu l’impression de tomber du nid et la certitude que j’allais m’écraser sur le vaste lit de verdure en dessous de moi.

Il n’en fut rien.

 

Quelle belle victoire, comme la première fois où j’ai fait l’amour avec elle, ce même sentiment d’abandon de perdition. Lisa disait ressentir une extase vernaculaire (1).  Le sexe et le saut à l’élastique ont en commun d’être éphémères et potentiellement tragiques. Ce mardi là, Lisa  m’avait quitté, j’avais fait le grand plongeon dans le vide.

 

Le mardi est vraiment pourri comme jour.

 

J’étais cuit désormais et trop vieux pour me faire moine…il ne me restait alors plus qu’à être heureux.

 

(1) extase vernaculaire ne veut rien dire mais je trouve que ça sonne bien.

 

Dans un prochain article, découvrez mon ressenti sur " Le liseur" de Bernhard Schlink.

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article
4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 00:12

plumes de l'étéVoici  ma dernière participation pour cet été aux plumes de Miss Aspho (en raison des vacances qui se profilent à l'horizon...) avec cette semaine  les mots en U : utopique – unique – us – ubiquité – ustensile – urgent – usufruit – universel – utile – usuel – usine – usurper – ultimatum – uppercut – utérus – urbain – usé – union – utopie

 

17h43.

 

Il est utopique de penser que l’on peut composer  un texte unique et sensé  en dix minutes sans usurper l’identité d’un pseudo romancier déjà usé avant  même d’avoir commencé à écrire. L’écrivain n’est jamais  que l’ usufruit(ier) d’un autre.

Si les mots sont universels, la création littéraire est un don d’ubiquité consistant à réinventer des souvenirs usuels pour les transformer en uppercuts phrasés chargés d’émotions.

 

17h45.

 

Le génie en littérature est comme le génie en mathématique : 10% d’inspiration et 90% de transpiration. Peut-on écrire des romans à la chaîne comme pour la fabrication d’ustensiles de cuisine  ou de dessous féminins ? Il paraît qu’il n’est pas utile de faire dans la dentelle pour toucher la ménagère urbaine en mal d’utopie amoureuse. Il paraît…

 

17h48.

 

Mon texte avance mais a-t-il un vrai fond puisqu’il est dans nos us et coutumes du donner un sens à des mots qui pris isolément n’en auraient pas ?

Suis je pour autant un écrivain en herbe ? Un ultimatum se présente à moi : placer le mot utérus dans le contexte de  mon récit.

 

17h51.

 

J’ai échoué : "mon utérus" est vide de sens et mon texte n’est guère rempli non plus. Il n’était donc point urgent que je fisse cet atelier littéraire.

 

17h53.

 

Je retourne à mes lectures.

Repost 0
Published by Mind The Gap - dans Textes
commenter cet article

Mind The Gap

  • : Mind The Gap
  • Mind The Gap
  • : Ce blog a pour but d'échanger des idées et des ressentis sur des livres, des citations, des lieux, des voyages, sur la vie, la recherche du bonheur...l'amour...
  • Contact

Mon univers...(volume 6)

La Katygraphie du mois

katy pieds

 

Mon livre coup de coeur du moment

bord de mer 

 

Les hortensias

hortensias

 

Le cidre fermier

cidre fermier 

 


 

Recherchez Un Article