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15 juillet 2014 2 15 /07 /juillet /2014 06:12

olmi le premier amour

 

Emilie se prépare à fêter ses 25 années de mariage. Elle  tombe sur une annonce dans un journal. Cette annonce, signée de son premier amour, Dario, semble s'adresser à elle sans la nommer. Emilie décide de le rejoindre à Gènes où il vit depuis près de 30 ans. Elle  part immédiatement  de chez elle sans donner d'explications à Marc, son époux.


On va suivre Emilie sur la route qui la ménera à Gènes puis au fameux Dario, ce premier amour, peut être l'amour d'une vie...

 

Dit comme ça, l'histoire à l'air banale et mille fois traitée en littérature romanesque. Oui, sauf que Véronique Olmi en fait une histoire palpitante, sensible, troublante qui  dresse un somptueux portrait de femme.

 

Le premier amour interpelle le lecteur, l'humain, l'homme ou la femme, le dérange dans ses certitudes quasiment à chaque page.

 

Je n'en dirais pas plus, j'en ai déjà beaucoup dit sur Véronique Olmi qui est la vraie rencontre littéraire de cette année en ce qui me concerne. J'adore cette auteur.

 

Voici un long extrait que je trouve fantastique...quel talent !

 

" J' avais besoin d'appeler Marc. Besoin de cette familiarité qui m'aiderait à me recentrer, besoin soudain de cet homme et de la connaissance qu'il avait de moi. Je voulais lui dire ce que peut-être je ne lui avais jamais dit. Que je n'avais couru après une vie simple que parce que j'étais moi-même éparpillée,  j'avais eu besoin de l'ancrage d'un mari pour ne pas voler en éclat et je n'étais sans doute pas plus faite pour cette vie-là, épouse et mère de famille, que pour mille autres, carmélite, reporter de guerre, lesbienne, artiste, caissière, modèle, écuyère, mère célibataire bohème et affranchie, amante unique et toujours célébrée par un homme qui ne m'aurait jamais fait d'enfant, ou bien simplement tout cela était-il trop long pour moi, j'étais faite pour me brûler les ailes et disparaître, comme les papillons de mon père.

J'aurais regardé du ciel ma mère et sa jeunesse, mon père et son grand âge, et je n'aurais pas voulu naître de ces deux-là, je serais repartie pour revenir plus tard, ailleurs, sous la forme d'une lumière semblable à celles que l'on découvre parfois en haut des routes, au sortir d'une forêt, qui surprend et ravi. J'aurais voulu être une bonne nouvelle. J'aurais voulu être une accalmie. Un grand repos. J'aurais voulu être une seconde, celle où l'on sent le bonheur, le joie dans l'harmonie. Et puis mourir. J'aurais voulu être le contre-ut. Le chef-d'oeuvre. L'idée géniale. Et renaître ailleurs. Dans la sève. La marée montante. Le vol plané de l'aigle. Ou le bruissement d'ailes des hirondelles, quand elles volent bas près des étangs, et que le soir descend, humide et tranquille. Voilà ce que je voulais dire à Marc, le besoin de l'instant et de la beauté, et rien d'autre".

 

 

Le premier amour de Véronique Olmi est en compétition pour le Prix Mind The  Gap 2014.

  Pric MTG 2014

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9 juillet 2014 3 09 /07 /juillet /2014 06:12

bord de mer

 

 

C’est une maman seule et  paumée qui emmène ses deux petits garçons à la mer pour la première fois. Sauf qu’on est en hiver et en semaine, qu’il pleut des hallebardes dans cette station balnéaire, que l’hôtel fantôme où ils dorment est miteux. Sauf que cette mère est complètement névrosée : «  J’ai tout quitté, la ville et moi avec : mon corps était sans poids, sans douleur, je m’enfonçais dans quelque chose de doux et me défaisais de la peur, de la colère et de la honte aussi. J’étais arrivée dans un monde où j’ai ma place réservée. Ni endormie, ni réveillée, je suis une plume. Ni endormie ni réveillée, je me défais, je m’étale, une bobine qui se déroule. Pourquoi est-ce qu’après j’ai basculé ? Pourquoi est-ce qu’après je me suis mise à rêver ? »

 

Névrosée, voire gravement dépressive donc un peu lucide aussi...l'éternel paradoxe.

 
« On s’efforce de vivre du mieux qu’on peut mais tout ça disparaît aussitôt. On se lève le matin mais ce matin-là n’existe pas plus que la nuit d’avant que tout le monde a déjà oubliée. On avance sur des précipices, je le sais depuis longtemps. Un pas en avant. Un pas dans le vide. Et on recommence. Pour aller où ? Personne le sait. Tout le monde s’en fout. »


«…je me suis demandé combien de temps un enfant pouvait rester le fils de sa mère, à partir de quand il était méconnaissable, je veux dire : pareil aux autres. A partir de quand ? Les hommes au comptoir avec leurs ventres ballotés par la toux, avec leurs pensées sales sur le cul des femmes, ces hommes-là, est-ce qu’ils étaient encore les fils de quelqu’un ? »


On sait dès le début de l’histoire que ça va très mal finir…et Véronique Olmi plonge le lecteur dans l’abîme en même temps que cette mère et ses deux enfants.


J’ai adoré Bord de mer et Véronique Olmi est un vrai coup de cœur pour moi, j’ai lu trois de ses romans en quelques mois.

 

Ce livre m’a fait penser à celui de David Vann «  Sukkwan Island » où un père seul et paumé emmène son fils sur une île déserte. La différence, c’est que là où l’histoire de Vann ne décolle jamais et où la terreur annoncée ne marche pas , celle de Véronique Olmi est terrifiante, horrifiante, implacable, glaciale, gênante.


«  On ne parlait pas, mais on s’entendait. On entendait notre respiration, de plus en plus forte, est-ce qu’il y avait des gens derrière ces portes pour entendre souffrir mes gosses ? Est-ce que leur respiration rentrait dans leurs rêves et soufflait dessus pour les éteindre ? J’aurais tellement aimé ça, bon Dieu, que le souffle de mes mômes éteigne tous les rêves des gens que je connais pas, qu’à la place il y ait plus que du blanc, un peu de place pour le blanc, derrière chaque porte. »


Il y a pourtant beaucoup de tendresse et parfois même de la poésie dans les mots de Véronique Olmi, mais jamais d’espoir. Le retour à la réalité est comme la fin d’un rêve qui nous ramène dans le cauchemar de l’existence. Tout est sombre, gris, noir, humide, moisi…


« Qu’est ce qu’il avait à me regarder comme ça ? Il avait jamais vu quelqu’un pleurer ? Où pleurent les gens ? C’est la question que je me pose souvent, bizarre qu’on croise jamais dans la rue des gens en train de chialer. Ils téléphonent beaucoup plus qu’ils pleurent, peut-être qu’on se détesterait moins si on chialait plus. »


Le dernier chapitre, celui du dénouement et de la libération du lecteur est très dur à lire et paradoxalement, je trouve que c’est le moins bon du livre.

 

Bord de mer qui fut le premier roman de Véronique Olmi, paru chez Actes Sud en 2001 après de nombreuses œuvres de théâtre, est un grand livre, de ceux qui resteront. J’ai encore envie de la lire et je vais me procurer un autre de ses romans. Pour moi, c’est une auteur avec un immense talent, sa plume est somptueuse, une vraie rencontre pour moi.

 

«  Maintenant la mer devait être noire elle aussi, comme ce ciel rétrécis. La mer était gonflée de marins morts jetés dans ses eaux. Tout doux. La mer était un grand cimetière flottant et froid. Est-ce qu’il y avait encore le château ensorcelé de Kevin sur la plage ? Est-ce que l’océan avait avancé jusqu’à lui pour en faire qu’une bouchée ? Et tous ces coquillages…d’autres mômes les ramasseront, quand l’eau sera toute bleue et que le soleil aura crevé le ciel. Il y en aura plein les classes, des coquillages morts, des mots d’excuse ramassés sur les plages. »

 

Merci à Somaja de m’avoir offert ce livre.


Pour ceux qui veulent lire ma chronique sur « Cet été là » c’est : Ici.


J’espère chroniquer bientôt « Le premier amour »  que j’ai également adoré.

 

Bord de mer de Véronique Olmi est sélectionné pour le Prix Mind The Gap 2014.

 

Pric MTG 2014

 

 

 

 

 

 

 

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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 00:00

femme solitaire

 

Voici cinq mini chroniques de livres lus récemment qui pourraient  plaire (ou pas) pour cet été.

Comme ils pourraient plaire à cette  jeune femme sur la photo lorsqu'elle aura cessé de contempler la mer.

J'avoue traîner des pieds pour rédiger les articles du blog en ce moment...alors mieux vaut un petit billet collectif que rien du tout...

 

 

 

Les heures silencieuses de Gaëlle Josse


 J'avoue avoir été déçu par ce livre. Je ne suis pas rentré dans cette histoire de femme d'un maître capitaine de navire de commerce au dix-septième siècle je crois,  si ce n'est dans le dernier tiers du texte. J'avais tellement aimé Nos vies désaccordées  que  du coup  je n'ai pas accroché. J'ai hâte de lire Noces de neige en attendant la sortie du dernier Gaelle Josse à la rentrée car sa plume est belle...et je verrai si la musique est toujours aussi présente dans ses  autres romans...

 

Love song de Philippe Djian

 

Le dernier opus de ce grand écrivain est réjouissant. On y retrouve son univers décalé, ses histoires totalement improbables: un artiste, une vie sentimentale compliquée, du politiquement incorrect, un peu de sexe  et le style de Djian .

Love song est dans la lignée de ses romans des années 80 mais avec moins de profondeur et de phrases à vous mettre par terre.

 

Je pars à l'entracte de Nicolas d' Estienne d' Orves.

 

C'est une lettre écrite par le narrateur (Nicolas) à son ami de toujours, prénommé Nicolas également, lequel  est mort deux ans auparavant.

Dans cette missive, on découvre cette amitié forte, l'enfance, le passage à l'âge adulte, les chemins qui se séparent, l'amour puis la haine entre les deux amis.

C'est un récit magnifique, intense, remuant, qui dresse le portrait de deux frères de coeur que la vie et les blessures internes vont séparer. On ressent beaucoup de sentiments, de l'amour mais aussi de la détestation et il y a un petit coté règlement de comptes post mortem qui m'a un peu laissé sur ma faim.

Mais c'est une très belle lettre. A découvrir.

Merci à Asphodèle de m'avoir offert ce livre.

 

 

La voyeuse interdite de Nina Bouraoui.


Son premier roman vendu à 1500000 exemplaires alors qu'elle était encore une parfaite inconnue...mais Gallimard a eu du nez.

C'est un récit que j'ai trouvé très dur, très noir, très cru sur une jeune fille cloitrée dans une chambre à Alger. Cette adolescente devient femme avec tout cela que ça implique dans cette culture religieuse là . La première partie du roman est aérienne, le style est d'une poésie et d'une force presque dérangeantes. Après, Nina Bouraoui tourne un peu plus en rond mais son récit ne peut laisser indifférent et donne à réfléchir...

 

 

La dame du manoir de Wildfell Hall d' Anne Brontë

 

Un vrai coup de coeur pour ce deuxième roman d'Anne Brontë dont l'histoire retient plutôt Agnes Grey, à tort. C'est peut être le plus romanesque des romans des soeurs Brontë, dans la lignée des Hauts de Hurlevent mais en moins sauvage. Une histoire d'amour qui se lit très facilement, au style fluide et très libre pour l'époque des Brontë. J'ai eu l'impression de lire un auteur actuel avec un récit très moderne. Si vous recherchez une petite saga pour votre été, La dame du manoir de Wildfell Hall est fait pour vous. Merci à Somaja de m'avoir offert ce roman.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 06:12

blondel le baby sitter

 

Alex a 19 ans, il est étudiant et plutôt fauché. Pour arrondir ses fins de mois, il passe une annonce pour proposer ses services de baby sitter. Contre toute attente, une première demande le met en contact avec Mélanie, la boulangère de sa rue. Le bouche à oreilles opère et bientôt alex intervient auprès de plusieurs foyers.

Peu à peu, Alex va devenir pour ses "clients" un révélateur des bancalités de leurs vies, un  élément déclencheur...

 

Je retrouve ici Jean Philippe-blondel après de longs mois sans le lire et c'est un grand plaisir comme à chaque fois.

Le baby sitter n'est pas le livre que j'aurai préféré chez lui, ni peut être le plus abouti, mais il comporte ce qui m'attache à l'univers de Blondel.  C'est je crois l'auteur actuel qui me parle le plus, ses personnages sont toujours une petite part de moi-même. C'est peut être le seul auteur que j'aimerais connaître à titre personnel...j'ai l'impression qu'on pourrait être amis.

 

On retrouve toute la pudeur, l'humanité, la sensibilité de Jean-Philippe Blondel à travers Alex, cet étudiant qui vit un peu en marge de sa propre vie et s'interroge sur les passerelles à prendre pour avancer.

Les parents qu'il dépanne et les péripéties de ses soirées de garde de leurs enfants seront des moments gagnants gagnants où tout le monde en sortira grandi...

 

Je n'en dis pas plus pour ne pas paraphraser mes précédentes chroniques concernant Blondel.

 

Le baby sitter est comme à chaque fois un plaisir de lecture  et un joli roman pour emporter sur son lieu de vacances, en attendant le prochain qui j'espère sortira en 2014.

 

Pour donner envie (ou pas..) à ceux et celles qui ne connaissent pas Jean-Philippe Blondel, quelques extraits du baby sitter en forme de pensées ou de réflexions  tout comme j'aime...sur l'amour,  l'amitié, le couple...

 

"Je me suis rendu-compte qu'à force de se laisser dériver, on atteignait parfois des rivages où personne ne pouvait venir vous chercher."

 

"Est-ce qu'on peut vraiment être amis avec vingt ans de différence ? Est-ce que l'expérience accumulée et le temps qui creuse et amplifie tout ne sont pas un obstacle rédhibitoire ? D'ailleurs, est-ce que c'est si important que ça de mettre un nom sur les sentiments, l'amitié, l'amour, tout se mélange tout le temps, non ?"

 

"Il y a des gens comme ça, des gens qui traversent votre vie et qui laissent derrière eux la queue de leur comète"

 

"Cela dure quelques minutes.
Quelques minutes échappées à la chronologie.
Quelques minutes précieuses, enfermées dans une bulle à souvenirs, il neigera dans leurs têtes quand ils la retourneront."

 

"J’appartiens au monde qui m’entoure, mais il est très rare qu’il me touche réellement."

 

"Au bout d’un moment, on devient ce que l’on fait, et ce que l’on est disparaît derrière les travaux qu’on mène à bien."

 

"Est-ce que nous pouvons être un duo, c'est davantage qu'un couple, un duo, ce sont deux personnes qui ne sont pas fondues l'une dans l'autre, mais qui jouent ensemble, de concert, comme ça, il y a quelque chose qui les lie de plus fort que l'amour, oui , absolument, il y a cette évidence, nous marchons ensemble, l'un et l'autre, nous dépendons chacun de la liberté de l'autre, nous suivons le mouvement ou nous le précédons, nous ne sommes pas collés, nous sommes complices, voilà, complices."

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 06:12

 

Le rire du grand blessé

 

Les livres classiques  ont disparu et ont été remplacés par des écrits produits à la chaine par des Maisons de mots. Ces ouvrages, seuls autorisés par le Service National ,  ont pour but de lobotomiser les cerveaux : ils ne contiennent aucunes émotions mais déclenchent celles des hommes de manière à mieux les contrôler. Certains livres ne sont accessibles qu’en lecture commune  dans des stades lors de Manifestations à Haut Risque qui galvanisent la foule.

Pour contrôler ces lectures et le système mis au point par les dirigeants du pays  il y a des Agents, totalement analphabètes. Ces derniers représentent une forme d’élite de la société et pour garder leur statut, ils ont l’interdiction  absolue d’apprendre à lire.

« Le rire du grand blessé » raconte le parcours d’un  de ces agent, l’agent  1075.

 

« Les Agents ne perdaient rien, ils n'avaient pas le droit d'imaginer, de contourner la réalité pour l'exprimer par leurs propres moyens. Leurs capacités à intégrer le réel via des leçons et des images dépassaient l'imaginable. Ils récitaient des centaines de noms de rues, connaissaient le règlement intérieur des Manifestations, une bonne centaine de pages divisées en dix chapitres. Ils savaient tout, ils ne se demandaient jamais si les mots avaient un sens en dehors de ces préceptes. Le monde tournait autour des objets, de leurs fonctions, jamais de leur beauté. Ils apprenaient la force sans l'élan, l'action sans l'inspiration ».

 

J’ai découvert Cécile Coulon avec «  Méfiez-vous des enfants sages » que j’avais déjà beaucoup aimé mais j’ai totalement pris mon pied en lisant «  Le rire du grand blessé ».


C’est un livre qui est passionnant de A à Z : on est immédiatement happé par cette histoire et l’on ne peut plus s’arrêter jusqu’à la fin. Cécile Coulon nous entraîne dans son univers glacial et noir avec un style que j’ai du mal à décrire. Je n’y trouve sur le papier  rien d’exceptionnel et pourtant j’ai été comme aspiré par ses mots fluides, simples et par  le rythme de sa prose. Impossible de décrocher, j’ai lu le roman en 2 fois et en 2 jours seulement ce qui pour moi est pas mal même s’il ne fait que 132 pages.


Il n’y a rien à jeter, pas de gras dans l’écriture de sprinteuse  de Cécile Coulon.

 

Le fond du roman est jubilatoire. C’est un livre  qualifié d’anticipation mais je trouve que c’est presque  optimiste comme vision. J’ai plutôt eu l’impression de lire une critique et une exagération de notre monde actuel et de notre société. Les analphabètes portés aux nues de la société, ça existe déjà non?  suivez l'actualité des prochains jours...

Les livres produits à la chaîne existent aussi, la peur omniprésente et entretenue qui permet à l’être humain d’être un gentil mouton surtout pas à 5 pattes…

 

«La Peur était le vrai manitou : les Gardes avaient peur du Grand, qui craignait un soulèvement populaire. De leur côté, les citoyens étaient terrorisés par les Agents, eux-mêmes effrayés à l'idée qu'on leur retire les avantages de leur nouveau statut. L'angoisse irriguait l'organisme de la ville. » 

 

Mais n’allez pas croire que Cécile Coulon ait écrit un manifeste politique ou philosophique chiant… «  Le rire du grand blessé » est une histoire simple dans sa progression, originale   au style très accessible mais avec un fond très riche, un livre dont on se souvient ensuite.

 

En résumé, foncez sur ce titre là qui apporte en plus une réflexion sur le pouvoir des mots, des livres, de la littérature. C’est un écrit  brillant  aux multiples facettes mais qui n’a pas pour but d’éblouir de lecteur, de lui en mettre plein les yeux. Cécile Coulon cherche surtout  à interpeller son public, enfin c’est mon ressenti, et elle y parvient avec un talent remarquable. Une auteur à suivre !

 

Pour information, Cécile Coulon aura 24 ans dans quelques jours. Elle à déjà publié 6 livres (selon wikipédia), termine actuellement son nouveau roman, écrit une thèse sur le sport et la littérature et distille aussi des poèmes magnifiques qui je l’espère feront l’objet d’une édition.

Elle pratique aussi la course à pieds,  adore les Maltesers et les bons mots tendance vannes (parfois bien  trashies ) .

 

Ci-dessous, une présentation  du Rire du grand blessé par Cécile Coulon  à la rentrée 2013.

 


  Ce livre est en compétition pour le prix Mind The Gap 2014.

 

Pric MTG 2014

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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 06:12

Léon et Louise

 

Alex Capus est un auteur franco-suisse qui écrit en langue allemande. "Léon et Louise" est son troisième roman traduit en français, paru chez Actes Sud en 2012. J’ai lu une chronique sur un blog  (je ne me souviens plus lequel)  qui m’a donnée envie d’acheter ce livre.

Que l’auteur de cette chronique en soit remercié(e) ici car j’ai littéralement adoré ce roman : un vrai coup de coeur.

 

Léon rencontre Louise vers la fin de la grande guerre : «  Pénétrés de soleil, de vent et d’averses, remplis d’air frais de l’océan, après une courte nuit Léon et Louise prirent le chemin du retour. Il les mena sur les routes, les collines et les villages qu’ils avaient pris la veille…tout était exactement comme la veille sauf que tout paraissait enchanté. Le ciel était plus vaste, l’air plus fort, l’avenir radieux et Léon avait l’impression que, pour la première fois de sa vie, il était vraiment éveillé,  qu’il était venu au monde dans un état de fatigue et que, jusque là, sa vie s’était traînée avec lassitude d’une journée à l’autre pour arriver précisément à cette fin de semaine où il était enfin sorti de sa torpeur. Il y avait eu une vie avant Le Tréport, il y en avait une après  Le Tréport. »

 

Cet amour de jeunesse, furtif mais fort, va marquer les deux tourtereaux. Et puis, les péripéties de la guerre vont faire croire à Léon que sa Louise est morte même s’il reste toujours un espoir dans le coin de sa tête et de son cœur de la retrouver un jour.


Léon va se marier avec Yvonne, mener une existence paisible à l’écart de l’agitation du monde : «  Certains étaient convaincus que le monde n’attendait qu’eux,  d’autres espéraient que le monde finirait bien par remarquer un jour leur présence, d’autres possédaient l’amer savoir que le monde, depuis qu’il existe, n’a jamais attendu personne. ».


Dix ans plus tard,  Léon et Yvonne ont eu des enfants et Louise réapparaît. Encore dix ans plus tard, c’est la  guerre qui réapparaît…. et je n’en dirais pas plus.

 

Alex Capus est un grand raconteur d’histoire, ses 400 pages serrées et denses se lisent comme une lettre d’amour. Il tient en haleine le lecteur avec un style simple, limpide, délicat et chose importante à signaler, il utilise parfaitement la fantaisie et l’humour.

 

L’auteur  transporte son lecteur au grès de l'histoire, et du temps qui façonne les sentiments, mais qui ne les dénature pas lorsqu’il s’agit d’amour avec un grand A : «  Léon était maintenant persuadé qu’il avait poursuivi un fantôme- mais un fantôme qui l’accompagnait fidèlement depuis dix ans. C’était son vice secret. »

 

Les trois  protagonistes  de l’histoire, Léon et les deux amours de sa vie, sont  extrêmement bien construits.

"Léon et Louise" est un livre lumineux, réjouissant, optimiste, intelligent et moderne qui est à la fois un hommage au grand-père de l’auteur (puisque cette histoire certes  romancée à vraiment eu lieu)  et une ode à l’amour et à l’intelligence des femmes.

 

Ce livre montre que l’amour peut aussi  être multiple et multiforme sans forcément conduire à la catastrophe et aux drames : «  Léon était pour Yvonne l’homme de sa vie, Yvonne était pour Léon la femme de sa vie, il n’y avait plus de raison d’être jaloux. Rien n’y changerait…il ne restait tout bonnement pas assez de temps pour passer avec quelqu’un d’autre dans un autre lit conjugal autant de temps qu’eux deux en avaient passé ensemble. Léon s’était habitué depuis longtemps à avoir deux femmes – l’une à ses cotés, l’autre dans sa tête- et cela ne changerait donc pas grand chose ; quant à Yvonne, son âme trouva enfin la paix. Pour elle aussi, la question de savoir s’ils étaient faits ou non l’un pour l’autre était réglée, et il n’était plus important de savoir s’ils s’aimaient vraiment passionnément ou à mi-cœur, ou encore s’ils faisaient seulement semblant de s’aimer ou bien le croyaient par erreur. L’unique chose importante, c’était la réalité. C’était aussi simple que cela. »

 

 

Je vous conseille vraiment de lire cette histoire et de découvrir Alex Capus. Sa Louise, son Yvonne et surtout son Léon vont faire battre vos cœurs bien longtemps après avoir refermé la dernière page du livre.

 

Je remercie La Douce de m’avoir offert ce magnifique livre que j'ai adoré !

 

«  Léon et Louise » est sélectionné pour le Prix Mind The Gap 2014.

 

Pric MTG 2014

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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 06:12

 

livre de ma mère

Ce livre a fait l'objet d'une lecture commune avec Asphodèle : Vous pouvez lire sa chronique Ici

 

Le livre de ma mère est le témoignage d’Albert Cohen sur l’extraordinaire amour de sa mère pour lui-même et le désespoir du fils de n’avoir pas assez aimé sa maman de son vivant.

Albert Cohen publie Le livre de ma mère en 1954, soit plus de 10 ans après la mort de cette dernière.


Au-delà du sujet universel sur l’amour maternel, filial et l’amour tout court, ce livre est un récit magique, un chef-d’œuvre, une prouesse.

Vous savez à quel point  j’ai  aimé Belle Du Seigneur… (si cela intéresse quelqu'un , vous trouverez mes 5 articles dans  la catégorie éponyme) il y avait gros à parier que je serais déçu par un deuxième livre de Cohen.

Non seulement je ne suis pas déçu, mais j’ai maintenant envie de lire ses autres romans.


Le livre de ma mère est un hommage vibrant d’un fils pour sa mère, hommage posthume mais d’une grande force.

Cohen raconte l’amour sans faille de cette mère juive pour son fils chéri. Il en fait une héroïne qu’il positionne au sommet de tout. Il dit qu’il aime sa fille et sa femme et que sa fille et sa femme l’aiment, mais que  cet amour là n’est pas du même ordre que celui de sa mère.


On comprend mieux le parti pris et les mots d’Albert Cohen dans Belle du seigneur après avoir lu ce livre.


Les mots de cet écrivain de génie  sont forts, terribles, touchants, dérangeants, oppressants, terriblement humains. On retrouve son style inimitable, créatif, qui ose quitte à parfois être maladroit ou un brin cynique.


C’est la confession d’un fils qui ne se remet pas de la mort de sa mère.


Le livre de ma mère est un texte court, simple et beaucoup plus sobre que Belle Du Seigneur ( 175 pages constituées de courts chapitres…). Lisez ou relisez cette œuvre fantastique.


Je ne sais plus quoi dire d’autre, alors j’ai sélectionné l’un des courts chapitres du livre d’Albert Cohen qui est assurément l’un des très grands écrivains du vingtième siècle, peut être le plus grand ?

 

« Amour de ma mère. Jamais plus je n’aurai auprès de moi un être parfaitement bon. Mais pourquoi les hommes sont-ils méchants ? Que suis-je étonné sur cette terre. Pourquoi sont-ils si vite haineux, hargneux ?  Pourquoi adorent-ils se venger, dire du mal de vous, eux qui vont bientôt mourir, les pauvres ? Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, ne les rende pas bons, c’est incroyable. Et pourquoi vous répondent-ils si mal, d’une voix de cacatoès, si vous êtes doux avec eux, ce qui leur donne à penser que vous êtes sans importance, c’est à dire sans danger ? Ce qui fait que des tendres doivent faire semblant d’être méchants, pour qu’on leur fiche la paix, ou même, ce qui est tragique pour qu’on les aime. Et si on allait se coucher et affreusement dormir ? Chien endormi n’a pas de puces. Oui, allons dormir, le sommeil a les avantages de la mort sans son petit inconvénient. Allons nous installer  dans l’agréable cercueil. Comme j’aimerais pouvoir ôter tel l’édenté son dentier qu’il met dans un verre d’eau  près de son lit, ôter mon cerveau de sa boite, ôter mon cœur trop battant, ce pauvre bougre qui fait trop bien son devoir, ôter mon cerveau et mon cœur et les baigner, ces deux pauvres milliardaires, dans des solutions rafraîchissantes, tandis que je dormirais comme un petit enfant que je ne serai jamais plus. Qu’il y a peu d’humains et que soudain le monde est désert. »

 

La chronique d'Asphodèle est : Ici

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 06:12

diane brasseur

 

« Je ne veux pas vieillir.
Je ne veux pas que des taches brunes apparaissent sur mes mains... je ne veux pas avoir la goutte au nez sans m'en rendre compte... ».

Ainsi commence le récit du narrateur du livre, 54 ans, marié, menant une double vie depuis un an : la semaine avec sa maîtresse à Paris et les week-ends et vacances, avec sa femme et sa fille à Marseille...comme quoi le TGV rapproche ceux qui s'aiment !


Thème éculé bien que quasi universel, situation de départ  on ne peut plus classique, la suite on l’imagine, le narrateur aura probablement à faire un choix…à moins que…

« J'ai 54 ans et, depuis un an, je trompe ma femme avec une autre femme, une femme plus jeune que moi, une jeune femme qui a vingt-trois ans de moins que moi.
Je voudrais qu'ils aient tort, ceux qui penseront : « Et alors ? Ce sont des choses qui arrivent au bout de dix-neuf ans de mariage. »
Ceux qui auront de l'empathie pour moi parce qu'ils ont vécu cette situation, ceux qui tenteront une explication psychologique.
Je voudrais les empêcher de faire le calcul : « Quel âge auras-tu quand elle aura 37 ans ? »
Je voudrais qu'ils aient tort, ceux qui nous regardent un peu trop longtemps dans la rue, au parc, au restaurant.
Ceux qui m'adressent un sourire complice et viril comme si j'étais au volant d'une belle voiture. Je ne serais pas surpris si, un de ces jours, je recevais une tape amicale dans le dos. ».


«  Les fidélités » est le premier roman de Diane Brasseur, publié chez Allary Editions, une toute jeune maison créée par des vieux routiers de l’édition.


J’ai beaucoup aimé ce court roman  qui prouve une fois de plus que ce qui compte vraiment n’est pas l’originalité du sujet ou de l'histoire mais le point de vue qu’à l’auteur sur sa situation et ses personnages.


Et je dois dire que je n’ai pas été déçu par la découverte de Diane Brasseur.

Avec un style très actuel, un récit court, des phrases brèves et des mots simples elle arrive à sortir nettement du lot.


J’ai été surpris et interpellé par le fait que l’auteur se mette dans la peau de cet homme confronté à une dualité de sentiments (il ne s’agit pas ici d’une simple histoire de cul ou d’une aventure sans lendemain) et qu’elle décrypte ce qui se passe dans sa tête. C’est une sorte de monologue intérieur qui fait mouche.

 

Au final, elle n’en fait ni un héros, ni un salaud, ni un pauvre type, seulement un homme ordinaire, peut être  confronté à sa lâcheté ordinaire ou au désir d'être fidèle, y compris dans son infidélité.

 

De même, Diane Brasseur restitue joliment la souffrance et la solitude  de la maîtresse, Alix, qui espère que cet homme franchira le cap de quitter sa femme.  Le personnage de la femme est moins présent et moins bien restitué.

A noter, que  seule la maîtresse à un prénom, le narrateur utilise le « je » et dit  «  ma femme ».


Au final, c’est un roman fluide, qui se lit d’une traite et qui pour moi aborde avec subtilité et brio la thématique de la fidélité au sein du couple.


«  Les fidélités » n’est ni le roman de l’année, ni un livre inoubliable, c’est juste un premier roman très prometteur que j’ai aimé découvrir.


J’espère que Diane Brasseur  qui est scripte de cinéma, persévèrera dans l’écriture.

 

J'ai découvert Anne Brasseur dans La Grande Librairie, c'est elle qui m'a donné envie d'acheter son livre.

Ci dessous, une vidéo où l'auteur vous présente son livre...

 


 


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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 08:12

 

Vinau

 

J’ai découvert Thomas Vinau avec  «  Nos cheveux  blanchiront avec nos yeux », qualifié de roman par la quatrième de couverture. Pour moi ce livre n’est pas un roman car il n’y a pas vraiment d’histoire mais peu importe, car c’est un super livre et je ne suis pas assez calé pour théoriser en littérature ! 


Thomas Vinau  raconte, à partir de très courts textes, délicats et poétiques ( sans être des poèmes )  le parcours de vie de Walther. Ce dernier, laisse tout d’abord  sa douce  enceinte et part vivre son  propre voyage initiatique  de la Belgique à Gibraltar. C’est la première partie du livre. Puis il revient chez lui, retrouve Sally et vit l’essentiel, à savoir le partage du bonheur d’avoir un enfant. Sally l'attendait .C’est la deuxième partie du livre.


Rien d’original dans le sujet, c’est dans le style de l’auteur, dans son regard sur la vie et les sentiments intimes que se trouve l’essentiel.


La première partie (plus courte que la seconde)  m’a semblée  assez plate et banale…j’avoue même avoir pensé que j’avais déjà lu des carnets de voyages plus intenses.


Mais la deuxième partie est vraiment réussie, vraiment forte,  d’une grande beauté, j’ai été particulièrement touché par la sensibilité de Thomas Vinau et par la puissance de ses mots : «  Dehors la pluie tombe. Bien droite et verticale. Les yeux en face des trous. Elle coupe le paysage en tranches. Et puis le temps que j’écrive cela, les gouttes ont disparu. Il ne reste qu’une couche brillante sur la grisaille du matin. J’ai l’impression d’être de plus en plus loin de ce que je vois…de capter la réalité à la longue vue. C’est classique. On se dit tiens il pleut, et il fait déjà beau. On se dit je l’aime, et elle est déjà partie. On se dit c’était bien, c’est fini. A croire que vivre équivaut à s’éloigner lentement du monde. A lui courir après. »


Peut être que le début du livre m’aura servi à m’habituer au style vraiment original et atypique de l’auteur : des mots  simples, des phrases qui n’en sont pas toujours  et des ressentis très forts. La nature et les éléments sont très souvent présents dans cette succession de petits textes.

«  Nos cheveux blanchiront avec nos yeux » s’attache à transformer le rien en beau. Car à coté du fait d’être père, Thomas Vinau nous montre la beauté du quotidien, les petites choses qui nous portent. «  Les gratte-cul sont les guirlandes de la forêt ».


Je cite souvent cette pensée, lue chez Frédéric Beigbeder (un autre genre de poète…) qui me parle  : «  L’amour est impossible, le bonheur n’existe pas, rien n’est grave ».


Dans le livre de Thomas Vinau, j’ai interprété cet aphorisme ainsi :  Une forme d’amour est possible, elle est souhaitable mais elle ne résout rien…on est seul.

Le Bonheur avec un grand B est illusoire , c’est une collection de petits bonheurs qui rend l’existence supportable ou belle.

Rien n’est grave sauf la vie…et c’est ce ton noir, grave décalé et touchant qui m’a plu.  «  J’ai de l’amour à revendre pour la nature périssable et du dégoût à offrir à n’importe  lequel de mes  semblables. Nous sommes des petits chiots qui jouent à déchiqueter le monde. »


J’ai vraiment aimé ce que j’ai lu même si ce livre n’est pas un coup de cœur. J’ai juste envie de lire un autre titre de Thomas Vinau et c’est déjà un  immense petit bonheur en soi.

 

Cet extrait pour terminer : «  Les mésanges viennent récolter le duvet blanc des pissenlits pour fabriquer leurs nids. Il se prépare, tout en détail, une partouze de tous les diables dans les bosquets. Ce matin, le soleil ne se lève pas. Une abeille agonise sur le sol. Le bruit de ses ailes qui s’épuisent, c’est la petite musique de fond de notre culpabilité. Il y a quelque chose de profondément oxymorique lorsqu’on voit les abeilles mourir le premier mois du printemps. C’est comme ce vieillard aperçu hier sur un banc. Immobile. Presque déjà parti. Assis, courbé, dans les couleurs et les parfums violents des lilas en fleur. La chanson douce des pourritures, voilà ce que c’est que le printemps ».

 

Merci à Asphodèle de m’avoir offert ce livre.

 

 

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13 mars 2014 4 13 /03 /mars /2014 06:12

standard

 

Je n’avais jamais lu ni même entendu parler de Nina Bouraoui avant de lire «  Standard » son dernier roman, sorti chez Flammarion en janvier dernier.


Le premier livre de Nina Bouraoui, « La voyeuse interdite »  publié chez Gallimard en 1991, arrivé chez l’éditeur  par la poste, s’est vendu à 150000 exemplaires. Après avoir obtenu le prix Renaudot en 2005, Nina Bouraoui revient avec son quatorzième livre, qui est un pur roman...et un pur bijou.

 

« Standard » est le portrait de Bruno Kerjen, 35 ans : Saint Malo, une enfance gâchée, un chagrin d’amour d’adolescence, dévastateur et fort, prénommé Marlène, une fuite...

Bruno s’est construit une existence faite de routine, de renoncement. Il a trouvé un équilibre dans sa solitude, son travail répétitif et son appartement en banlieue parisienne. Lors d’un week-end chez sa mère à Saint Malo, Gilles son copain d’enfance lui apprend que Marlène est de retour au pays…

 

J’ai adoré ce livre qui est le vrai coup de cœur de ce premier trimestre 2014 (avec aussi «  Nos vies désaccordées de Gaëlle Josse »).


Nina Bouraoui a créé un personnage extrêmement fort et attachant, un tocard mi loser mi désabusé, un type totalement transparent aux yeux des autres et des femmes en particulier mais qui se contente de cette transparence, pensant qu’elle ne le fait pas souffrir inutilement.

Je dois dire qu’à 25 ou 28 ans, j’aurais pu être  en grande partie ce Bruno Kerjen et l’identification à ce personnage m’a vraiment interpellée. Un fantôme qui n'a jamais dit je t'aime et qu'aucune femme n'a jamais aimé.

 

Nina Bouraoui trace les contours de cette vie terne et de ce type morne avec beaucoup de tact et de brio, ajoutant à chaque chapitre un coup de marteau au clou qu’elle enfonce ligne après ligne. C'est noir et suffocant, à l'image de notre société actuelle.


Et puis aux 2/3 de l’histoire, alors que ces coups de marteaux pourraient peut être devenir lassants, Nina Bouraoui fait apparaître Marlène et le dernier tiers de l’histoire virevolte en écho à  Bruno Kerjen qui  redevient vivant en se rapprochant du poison qui se transforme en antidote...

 

Et puis, souvent je suis déçu par la fin des histoires d’amour ou des romans mais là, je dois dire que je me suis fait balader par Nina Bouraoui qui réussit à faire une pirouette sur la dernière phrase du livre . La fin est ouverte d'une certaine manière. 

 

Le style m’a plu, c’est sobre, fluide, simple, carré…l’auteur sait exactement où elle va et où elle veut emmener son lecteur et elle réussit son coup. Ses mots sont libres et son propos m’a vraiment touché. L’univers de ce roman est à la fois noir et humain, banal et triste mais vraiment fort.

 

Je n’ai qu’une envie, relire Nina Bouraoui et si vous avez  des titres à me conseiller parmi ses ouvrages, j’étudierai vos suggestions.

 

Je citerais seulement ce passage parmi les sept que j’ai relevés, qui parle de Bruno Kerjen « …il n’éprouvait aucun mépris pour personne, chacun faisait ce qu’il pouvait dans un monde qui n’avait rien à offrir  et qui chaque jour retirait l’infime part de liberté que chacun croyait posséder ou s’évertuait à gagner avant de le reperdre ; c’était cela la vie, une suite de retraits jusqu’au retrait final, il ne fallait pas s’en plaindre et il ne fallait pas rêver non plus, on serait toujours déçu et si ce n’était pas par les autres, ce serait par soi-même, l’homme était impuissant, petit, ridicule et l’amour n’existait pas, et même s’il avait existé il ne sauverait de rien. »


Et puis celui-ci : « La lumière ne brille pas de la même façon pour chacun. C’était ce que se disait Bruno depuis son plus jeune âge, les pieds enfouis dans le sable, détestant les bains de mer, l’huile solaire, le corps des filles qui plongeaient sans lui. Tout s’était joué depuis longtemps. On ne refaisait pas l’histoire. C’était comme ça et pas autrement. ».

 

« Standard » de Nina Bouraoui est en compétition pour le Prix Mind The Gap 2014.

Pric MTG 2014

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