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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 06:12

charlotte

 

Je viens de lire la première biographie de Charlotte Brontë, publiée en 1857, soit seulement deux ans après sa mort, et écrite par Miss Elizabeth Gaskell qui s’était liée d’amitié avec Charlotte dans les dernières années de sa vie.

Cette biographie a été écrite  à la demande du  père de Charlotte Brontë,  à la mort de sa fille.

 

Ce livre  est vraiment remarquable pour qui s’intéresse aux Brontë, bien écrit et comportant une multitude d’extraits des lettres de Charlotte. Elizabeth Gaskell s’attache à faire un portrait détaillé de l’auteur de Jane Eyre et elle y parvient sans tomber dans la complaisance, chose qu’aurait détestée Charlotte.

 

Simplement elle occulte la frénésie d’écriture des enfants Brontë, quasi obsessionnelle à l’époque de la légende d’Angria écrite par Emily et Anne et de celle du Gondal écrite par Branwell (le frère de la famille) et Charlotte.


De même, la passion amoureuse unilatérale  de  Charlotte Brontë pour Mr Heger, son professeur de lettres à Bruxelles n’est pas évoquée alors qu’elle est au centre de l’œuvre de l’ainé des sœurs Brontë. Ceci dit, elle ne pouvait pas l’être dans cette première biographie et des dizaines d’autres ouvrages l’ont décrite ensuite. 

 

La fin est un peu plus décevante car très rapide mais comme le livre est sorti juste après la mort de Charlotte, les évènements les plus récents étaient les moins faciles à décrire:  il y avait peu de documents disponibles immédiatement.

 

Il est frappant de voir, à force de lire des biographies de cette famille mythique et immortelle (j’en suis à la quatrième),  à quel point les récits des sœurs Brontë étaient alimentées par leur vraie vie. Les personnages des romans ont quasiment tous existés, les lieux également, et même certaines péripéties. J’ai notamment appris ici que l’histoire du mariage impossible de Jane Eyre avec Rochester, ce dernier étant déjà marié avec une femme atteinte de folie est un fait divers qui s’est produit non loin de là où se trouvait Charlotte Brontë. Bien entendu le génie des sœurs Brontë et leur imagination débordante transformaient le tout en des œuvres romanesques très  en avance pour leur temps. Mais contrairement à l'idée répandue qu'il s'agirait  de livres seulement romantiques ou gothiques, les soeurs Brontë n'ont fait que traduire la vérité et leur réalité, c'était une forme d'auto-fiction avant l'heure.

 

Je n’en dirais pas plus de cette biographie que je vous conseille d’autant plus qu’Elizabeth Gaskell est une auteur célèbre du dix neuvième siècle et  que sa plume se lit presque comme un roman.

 

Par contre, peut être  que cela vous intéressera d’avoir quelques éléments sur l’accueil critique et public des œuvres des Brontë ( je sens que tout le monde frétille d'impatience ).


  • Le premier ouvrage fut un recueil de poèmes des 3 sœurs édité en 1846  (sous le pseudonyme de Currer, Ancton et Ellis Bell). Les poèmes d’Emily Brontë furent encensés par les critiques, ceux de ses sœurs jugés bien plus faibles. L’éditeur vendit seulement 2 recueils de l’ouvrage.
  • En 1847, 3 récits en prose sont proposés aux  éditeurs : Agnès Grey de Anne, Les Hauts de Hurlevent d’Emily et Le Professeur de Charlotte. Les 4 premiers éditeurs refusent, le cinquième accepte de publier les livres d’Emily et de Anne mais pas celui de Charlotte. Celle si ayant commencé Jane Eyre l’année précédente, travaille d’arrache pieds et arrive à faire publier son livre chez un autre éditeur, 2 mois avant ceux de ses sœurs.  Jane Eyre est un succès critique et public immédiat, nombreuses rééditions et forte demande à l’étranger. Agnès Grey est jugé assez faible par la critique mais s’écoule correctement. Les Hauts de Hurlevent suscite des critiques et des réactions du public très hostiles mais se vend plutôt bien. Le Succès de Jane Eyre permet une réédition des œuvres d’Anne et Charlotte
  •  En 1848, Anne publie  «  Le Fermier » connu ensuite sous le nom du "Locataire de Wildfell Hall."  Bon accueil du public, critiques modérés.  Emily meurt cette année là, on pense qu’elle travaillait sur un deuxième roman mais qu’elle a brûlé le manuscrit partiel sentant la mort venir. A partir de sa mort, Les Hauts de Hurlevent sera peu à peu réhabilité et il deviendra un roman culte et un classique. Le disours d'Emily est sensiblement le même que celui de Charlotte mais sans l'auto-censure, c'est la plus douée et la plus fascinante des soeurs.
  •  En 1849, Anne meurt et Charlotte Publie Shirley. Ce deuxième roman est acheté en masse par le public et divise les critiques. Certaines sont dithyrambiques, d’autres assassines.
  •  En 1853, Charlotte Publie Villette : le livre est encensé par la critique et plébiscité par les lecteurs.
  • Le 29 (ou le 31 suivant les sources) mars 1855, Charlotte meurt, elle laisse des fragments de 3 nouveaux textes et le manuscrit inédit du Professeur, qui sera publié après sa mort. Elle meurt seulement  9 mois après s'être mariée avec le révérend Nicholls et en couches : son état physique et peut être psychologique ne lui a pas permis de supporter sa grossesse. Une mauvaise grippe attrapée lors de deux escapades avec son mari l'avaient affaiblie. A quelques semaines d'intervalle, Flossie la chienne des Brontë puis Tabby, la servante de toujours (que les Brontë avaient tenu à garder dans ses vieux jours malgré son état de santé et qu'ils ont soignée comme un membre de leur propre famille) venaient de mourir. Peut être un mauvais présage. 

 

Charlotte toucha une somme forfaitaire de 500 livres sterling pour les droits d’auteurs de Jane Eyre. Pour ses deux autres romans publiés de son vivant, Shirley et Villette, elle obtint exactement la même somme soit 1500 livres sterling en tout.

Pour avoir un ordre d'idée de cette somme, à l'époque une institutrice bien payée pouvait espérer gagner 50 livres par an...


bronté

 

A suivre...je n'en ai pas fini avec les Brontë, le blog sera fermé bien avant que je cesse de m'intéresser à cette famille...

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 06:12

Villette

 

Lire un roman de Charlotte Brontë est une aventure...comme arriver à en tirer une chronique quand ce n’est pas son boulot et qu’en plus, on  aime vraiment l’auteur.

 

Villette raconte le parcours de Lucie Snowe, jeune anglaise exilée en Belgique,  afin d’être institutrice au pensionnat pour jeunes filles de Madame Beck. Lucie va connaître les frémissements de l’amour avec le docteur Graham Bretton, le fils de sa marraine, puis la passion avec Paul Emmanuel, le colérique et catholique  professeur de littérature  du pensionnat.

 

Il est impossible pour moi de lire Villette sans penser à Jane Eyre et impossible de ne pas mettre en perspective ce livre avec la vraie vie de Charlotte Brontë.

 

Villette est moins romanesque et moins bien construit que Jane Eyre, les 300 premières pages laissent présager la suite sans  toutefois épater le lecteur que l’auteur apostrophe sans cesse.

Après, Charlotte alias Lucie affirme peu à peu son indépendance, sa liberté d’esprit et de pensée. Elle crie aussi sa solitude, son résignement, son désespoir,  sa foi protestante  à toute épreuve et sa capacité à rester debout et digne, sans jamais se renier.

 

Villette est  à mon avis beaucoup plus autobiographique que Jane Eyre : le livre raconte son séjour à Bruxelles en compagnie de sa sœur Emily, totalement occultée dans Villette. Paul Emmanuel n’est autre que M Heger, le professeur de littérature du pensionnat où elle exerçait, vis à vis duquel, Charlotte succomba aux affres de  la passion. On retrouve aussi la traversée de Londres puis l’embarquement en pleine nuit sur le bateau qui l’amena en Belgique. On retrouve également  les premières fois où Charlotte fréquenta la société Londonienne, se rendit à l’opéra par exemple.

 

Mais surtout on retrouve le style de Charlotte Brontë, sans concessions, affirmant ses idéaux et laissant au lecteur la possibilité de pénétrer ses pensées torturées. Charlotte Brontë ne triche pas, elle dit la vérité, c’est une obsessionnelle de la vérité et j’aime ces auteurs là, elle est mystique mais vraie : «  Malgré tout, je crois qu’un mélange d’espérance et de soleil adouci le sort des plus malheureux. Je crois que la vie n’est pas du tout un début ni une fin. Et je crois tout en tremblant- j’ai confiance tout en pleurant. »


Ce long passage, particulièrement touchant est je crois un condensé de la vraie Charlotte Brontë : «  Et, avec ma timidité caractérisée, je me retranchai dans ma paresse comme un escargot dans ma coquille, prétextant de mon incapacité, pour ne pas faire une chose à laquelle je désirais échapper. Abandonnée à moi-même, j’aurais certainement laissé passer cette chance unique. Pas le moins du monde aventureuse, sans aucune impulsion à des visées pratiques, j’aurais été parfaitement capable de continuer pendant vingt ans à enseigner le syllabaire à des petits enfants. Non pas que la satisfaction du devoir accomplit excusât cette résignation aveugle : ma besogne n’avait pour moi aucun charme, je m’y intéressais à peine. Mais je comptais pour beaucoup le fait d’être sans inquiétude profonde et d’être dispensée de lutter ; ne pas souffrir ou souffrir peu, était le seul bonheur auquel je pus espérer atteindre. D’ailleurs, deux vies se confondaient en moi : l’une de rêves, l’autre de réalités ; et pour peu que mon imagination puisât dans les songes suffisamment de joies pour nourrir la première, les privilèges de la seconde pouvaient se limiter au pain quotidien, au travail de chaque heure, au toit pour la nuit ».


Villette est un livre fort, qui se mérite, qui se lit plus qu’il ne se dévore. Dans Jane Eyre, publié en 1847, on sent toute l’exaltation de la femme qu’était Charlotte Brontë. Dans Villette, la même exaltation est palpable, mais ombrée de désillusions...le livre sort en 1853, deux ans avant sa mort.

Alors que dans Jane Eyre, il y a un happy-end presque trop prévisible, dans Villette, le suspens est présent jusqu’à la dernière page et disons que la fin suscite  bien des interrogations...

 

Je suis fasciné par les Brontë et Villette ne fait qu’entretenir ce mythe.

 

C’est étrange : on sait que Charlotte Brontë souffrait de troubles bipolaires comme beaucoup de très grands artistes. Généralement, les maniaco-dépressifs sont créatifs quand ils sont en phase d’excitation. Plus j’en sais sur  les sœurs Brontë et plus je me demande si elles ne créaient pas lorsqu’elles étaient en phase dépressive, en proie à la plus grande solitude.

 

Quel livre singulier que ce Villette!

 

Si vous aimez les univers sombres, les sentiments profonds, le romantisme exacerbé, la beauté sombre, les apparitions spectrales et la poésie de la nature, vous allez adorer ces 710 pages écrites en petits caractères.

 

Sinon ne montez pas dans le train.

 

Charlotte Brontë ferait presque  passer les romans de Jane Austen pour des bluettes sans beaucoup de saveurs.

 

Je vous laisse avec Charlotte qui dans ce passage est presque en communion avec sa sœur Emily.

Voici ce qu’elle fait dire à Lucy Snowe, son héroïne dans Villette : «  A cette époque, bien des choses suffisaient pour m’émouvoir : je craignais, par exemple, certains phénomènes du temps, parce qu’ils réveillaient en moi l’être que je m’efforçais toujours d’endormir et excitaient des désirs qu’il m’était impossible d’assouvir. Un orage éclata, une nuit, une sorte d’ouragan nous secoua dans nos lits : affolés les catholiques se levèrent pour se confier à leurs saints. En ce qui me concernait, la tempête tyrannique me maîtrisa : profondément remuée, je me vis contrainte de vivre. Je me levai et m’habillai à la hâte, et, me glissant par la croisée, tout à coté de mon lit, je m’assis sur le rebord de la fenêtre…j’éprouvais trop de plaisir à demeurer au milieu de cette nature déchaînée, dans cette nuit noire que le roulement du tonnerre emplissait de rumeurs – il chantait une ode assourdissante telle qu’aucun langage humain n’en exprima jamais ; le spectacle de ses nuages que sillonnaient et illuminaient des éclairs aveuglants de blancheur était trop magnifique. A ce moment, j’avais une envie folle de me voir enlevée par n’importe quoi, tirée de mon existence actuelle, menée au loin, vers des buts plus élevés. Mais ce désir, je devais l’étouffer… »

 

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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 06:12

etoile

 

C’est dingue comme les étoiles inspirent les auteurs et les hommes.

 

Certains soirs, elles scintillent de mille feux et pourtant, leur strass n’est que de la lumière morte, ce qui confirme que la vie et la mort finissent toujours par se rejoindre.

 

Ces soirs là, on les observe au clair de lune.

 

Les étoiles filantes sont une représentation du bonheur...le vrai.

 

Et puis certains soirs, il n’y a rien, on ne voit rien, comme si le ciel était une masse pétillante ayant perdu ses bulles.

 

Comment était le ciel le soir où Charlotte Brontë  écrivit ceci ?  «  Je me répète chaque fois : de même que des murs de pierre ne constituent pas une prison, ni des barreaux de fer une cage, de même, aussi longtemps que le corps est sain et les facultés libres de toute contrainte, le péril, la solitude et un avenir incertain ne sont pas des maux accablants – aussi longtemps, surtout, que la Liberté vous prête ses ailes et que l’Espoir vous guide de son étoile ».

 

Les étoiles reviennent souvent au fil des chapitres de ses livres.

 

Comment était le ciel hier au soir? Ce matin ?

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7 juin 2013 5 07 /06 /juin /2013 06:12

Emily

 

J'ai lu " la vie d'Emily Brontë " ,  une biographie écrite par Virginia Moore,  publiée en France chez Gallimard en 1939. C'est je crois, le plus vieux livre que j'aie, il est tout jaune, j'ai eu peur qu'il tombe en lambeaux lorsque je l'ai reçu et ouvert de son carton d'emballage.

Chroniquer une biographie me semble impossible alors je vais juste essayer de tracer les contours d'un portrait d'Emily à partir des hypothèses contenues dans le livre et de ce que je ressens sur cette femme...


Voici donc un portrait d'Emily Brontë.


 

Une grande et belle jeune femme. Elle a des yeux immenses, gris bleu, un regard pénétrant, intimidant. Elle marche inlassablement sur la lande, seule, contemplant le spectacle de la nature. Emily ne peut vivre que dans cette solitude, que  dans le presbytère familial.  

Quand le soir est venu, elle contemple les étoiles, elle écrit des poèmes sombres, noirs comme si la lumière des étoiles ne descendait pas jusqu’à elle.

 

Emily est proche de sa sœur Anne, la moins douée de la famille, encore que Branwell, le fils prodige n’ait jamais été capable de publier le moindre texte ou d’exposer le moindre tableau.

Emily et   Anne crééent le monde imaginaire du Gondal…des centaines de poèmes. Charlotte et Branwell de leur côté, créeent le monde imaginaire d’Angria.

 

Emily travaille avec ardeur au presbytère, elle tient la maison avec Tobby la vieille servante.

Lorsqu’elle s’échappe du presbytère  pour quelques mois, c’est pour étudier puis pour gagner sa vie en tant qu’institutrice. A défaut, ne voulant jamais être une charge pour la famille et son père, elle travaille dur…et parcours la lande désolée du Yorkshire avec les chiens, le sien notamment, un épagneul.

Emily aime tant la bruyère, le frémissement du printemps et la rudesse de l’hiver.

 

On est entre 1818 et 1848, années de sa naissance et de sa mort.

 

Un jour de 1847, Emily publie Wutering  Heights ( Les Hauts de Hurlevent ou Haute Plaine), son seul récit en prose et quel récit, quel roman ! Aucun autre ne va aussi loin sur la passion amoureuse, enfin je n’en ai pas lu de plus fort à ce jour.

 

Emily est très secrète, ne parle pas, ne se confie à personne, n’a pas d’amie intime comme sa sœur Charlotte qui fait part de ses sentiments à Ellen Nussey. Elle ne fait pas de confidences à ses sœurs, elle se réfugie dans la nature, dans son imagination et dans ses poèmes.

 

Quand on lit Les Hauts de Hurlevent, comment peut-on croire une seul instant qu’un être, fut-il génial, exalté et mystique, puisse écrire une telle histoire sans jamais avoir éprouvé la passion amoureuse ? Pourtant certains le croient…personnellement je suis convaincu du contraire et la biographie de Virginia Moore enfonce le clou.

 

Voici l’hypothèse proposée par la biographe : Emily a fait un séjour à Law Hill vers 1837 en tant qu’institutrice. Ce séjour aurait duré environ dix-huit  mois et à son retour au presbytère fin 1838, alors âgée de vingt-et-un ans,  Emily n’était plus la même. Pendant ce séjour Emily serait tombée passionnément amoureuse et aurait été trahie par l’autre lorsqu’elle  aurait déclaré ses sentiments profonds. Et cette autre personne, aurait été une femme, une amie intime qui l’aurait donc trahie et déçue.

 

C’est une analyse minutieuse des poèmes restant d’Emily avant,  pendant, et après son séjour à Law Hill qui amène Virginia Moore à cette hypothèse mais pas seulement, il y a un faisceau d’indices.

Dans la légende du Gondal, neuf fois sur dix Emily s’identifie à des personnages masculins. Enfant on la prenait pour un garçon. Emily a tenu à conserver un pseudonyme masculin alors même que ses sœurs avaient révélé qu’elles étaient des femmes. Les critiques de l’époque étaient persuadés que Les Hauts de Hurlevent étaient l’œuvre d’un homme. Le seul vicaire du presbytère avec lequel Emily ait échangé, était rebaptisé par elle, Miss Célia…et puis certains poèmes où elle se livre, semblent manifestement adressés à une femme.

Par la suite, Emily ne pardonna pas à cette autre personne sa trahison et elle ne se pardonna pas  d’avoir été faible, d’avoir succombé à cette passion. A partir de son retour au presbytère en 1838, Emily appelle la mort qui seule pourra la délivrer et encore certains jours elle pense que même la mort ne sauvera pas son âme.

 

Revenons à son roman, Wutering Heights : le personnage d’ Heathcliff n’est autre qu’Emily elle-même et la première Cathy, cette femme qu’elle même Emily a aimée et qu’elle veut voir souffrir…même la mort de Cathy ne la délivre pas puisque son fantôme erre sur la lande. Quant à Heathcliff, la mort de Cathy  le condamne à l’enfer sur terre, aux remords éternels...quand on lit certains poèmes d'Emily, youte la thématique de son roman est déjà en place.

 

On ne saura jamais la vérité mais Emily a aimé, peu importe au fond qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, ses poèmes ne laissent aucun doute sur ses sentiments.

 

Lorsque qu’Emily tombe malade en 1847 (phtisie ou tuberculose) elle refuse de se soigner même si les traitements de l’époque étaient de toute manière  inefficaces. Elle continue inlassablement de travailler au presbytère, de nourrir les chiens…le dernier jour elle consent enfin  à voir un docteur, peut être aura t-elle eu peur au  moment funeste…

 

Emily reste une fascinante énigme, un génie inégalé.

 

Même sa sœur, l’orgueilleuse  Charlotte jugeait objectivement que son Jane Eyre était bien supérieur au livre d’Emily, mais reconnaissait le génie de sa sœur pour les poèmes.

Charlotte reconnaissait qu’elle n’arrivait pas à atteindre cette singularité dans l’écriture des poèmes.

 

Le temps passe, la nuit vient, Emily demeure…

 

 

 

 

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 00:12

passion

 

Ceci est la mise en garde  de Charlotte Brontë à son amie intime Ellen Nussey, qui s’était éprise d’un certain  Mr Vincent et s’était confiée à Charlotte…lui demandant si elle devait l’aimer à la folie ou l’épouser.

A cette époque, Charlotte ne rêvait que de vivre un amour passionnel, écrivait des histoires où la passion débridée s’exprimait pleinement, mais ne l’avait pas encore rencontrée dans sa vie de femme.

La passion frapperait à sa porte plus tard, à travers M Heger, l’un de ses professeurs lorsqu’elle était à Bruxelles.

Voici ce qu’elle écrivit à son amie Ellen. Comme quoi, elle savait très bien faire la différence entre rêves et réalité. A méditer…

 

«  N’épousez pas un homme que vous pouvez respecter. Si vous le respectez, l’amour suivre plus tard. La passion démesurée n’est que pure folie ! Elle n’est jamais payée de retour. Et quand elle l’est, elle ne dure pas au-delà de la lune de miel. ; une fois épuisée, le dégoût et l’indifférence la remplacent rapidement. Des deux, le pire c’est l’indifférence- et que Dieu assiste la femme qui reste seule à continuer d’aimer avec passion.

Ma chère enfant, une grande passion est une grande folie. Aucune jeune femme ne devrait tomber amoureuse tant que la demande en mariage n’ a pas été faite, acceptée- la cérémonie du mariage achevée et avant que ne soient écoulés les six premiers mois de l’existence commune- alors la femme peut commencer à aimer mais avec grande précaution- très froidement – très modérément – très raisonnablement – si elle en vient à aimer  son mari au point qu’un rude mot ou un froid regard de sa part lui déchirent le cœur – c’est une idiote – si elle vient à l’aimer au point que la volonté de son mari soit sa loi – et qu’elle prend l’habitude  d’observer ses façons d’être afin d’aller au devant de ses désirs, elle ne tardera pas à être une idiote  que l’on néglige…Ellen, Helen, Eléonore, Helena, Nell, Nelly – Mrs Vincent – Cela sonne t-il bien, Nell ? Je le crois. Je n’irai jamais vous voir, une fois que vous serez mariée. »

 

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 00:12

branwell

 

Dans ce livre offert par Somaja lors du dernier Swap, Daphné du Maurier, connue pour « Rebecca » (qui paraît-il  ressemble fortement à « Jane Eyre »…), nous livre une biographie de Branwell, le seul homme  de la Brontë Family, frère des trois sisters (c'est lui sur la photo)

 

Ce livre est passionnant pour qui s’intéresse aux sœurs Brontë car il met en lumière un personnage central dans la vie littéraire de ses sœurs.

Décrit comme un jeune homme bourré de talents (peinture et surtout écriture), choyé par son père, surestimé par sa tante qui ne jugera pas bon de lui laisser un petit pécule à sa mort (selon elle, lui seul serait capable de vivre de son art…), Branwell Brontë ne vendra jamais une toile et ne publiera jamais le moindre livre ou poème. Il finira sa courte vie souvent débauchée, hanté par ses propres démons, entre l’alcool et le Laudanum avant de succomber à la tuberculose.

 

Mais Branwell est à l’origine des écrits de ses soeurs. Le monde infernal dont il est question est au départ imaginé et écrit par Charlottecharlotte et lui lorsqu’ils sont encore enfants et leur proximité est édifiante. Ensuite, Emily viendra se nourrir de son monde imaginaire et  impitoyable. Anne aussi bien que plus timidement. Il parait indubitable aujourd’hui que Branwell ait été à la source des écrits de ses sœurs.

 

Le livre de Daphné du Maurier permet d’en savoir beaucoup plus sur les sœurs Brontë…il y aurait tellement de choses à raconter sur ce livre que je ne sais trop quoi dire.

 

D’abord, je les imaginais très pauvres et vivant en recluses. Elles étaient certes, modestes mais sont sorties du presbytère pour leur propre  enseignement d’abord puis pour enseigner ensuite. Elles ont donc vécu dans d’autres villes anglaises, ont séjourné de longs mois à Bruxelles et ont pu financer l’édition de leurs romans.

Intellectuellement parlant, elle étaient très en avance et très cultivées, Emily fut capable de rédiger un essai en français lorsqu’elle étudiait en Belgique : imaginez cela en 1840…

 

Charlotte connut la passion, tout d’abord éphémère pour son amie Ellen Nussey, qui restera une confidente intime jusqu’à la fin de sa vie. Puis elle tomba amoureuse de son professeur et cette passion là fut durable (et romancée dans ses livres). Anne anne brontede son coté, tomba amoureuse d’un vicaire croisé lors d’un de ses postes de gouvernantes (elle se livre beaucoup dansAgnès Grey, c’est la moins romanesque des trois soeurs).

 

Emily, elle, semble avoir échappé aux affres de toute passion. Sauvage et indépendante, elle arpentait inlassablement les landes autour du presbytère de Haworth. Et pourtant, dans «  Les Hauts de Hurlevent » elle sublime la passion amoureuse comme personne : A coté, « Belle du Seigneur » passerait presque pour du lait écrémé pasteurisé…la passion s’arrête à la mort d’Ariane et Solal, ici elle survit à la mort et se perpétue même dans  les générations futures.

Daphné du Maurier indique que le début des « Hauts de Hurlevent » a peut être été co-écrit avec Branwell, peut être même que la trame du roman serait de lui, même si Emily emilya probablement totalement réécrit l’histoire avant sa publication. Emily reste une énigme dans cette famille énigmatique.

 

On apprend aussi que le premier recueil de poèmes des trois sœurs connut un échec cuisant, tout comme «  Le professeur », premier roman de Charlotte. On apprend que l’éditeur de « Jane Eyre » a lu le livre dans la journée et a voulu le publier dans la foulée. « Jane Eyre » connut un immense succès dès son édition et Charlotte devint célèbre  presque instantanément. Seul Branwell, alors malade, n’a pas été mis au courant par Charlotte de sa publication…il était devenu le paria qu’il faut à la fois protéger et éviter, la famille reste la famille , même en 1847.

Pourtant, Daphné du Maurier indique que l’essentiel du roman était dans les premiers manuscrits illisibles de Branwell et Charlotte (ils écrivaient en tout petit caractère pour être certains que personne ne pourrait pénétrer leur monde imaginaire…)

 

Quant à « Agnès Grey » et « Les Hauts de Hurlevent », ils firent le tour des éditeurs de Londres avant de trouver preneur puis  furent publiés ensemble. « Agnès Grey » resta confidentiel, « Les Hauts de Hurlevent » ne connut pas non plus le succès mais souleva des critiques assassines, laissant Emily de marbre. Ce n’est que bien après leurs morts respectives que le génie des  deux  autres sœurs fut reconnu, surtout celui d’Emily qui a même égalé voire dépassé au final l’aura de sa sœur Charlotte.

 

La fin du « Monde infernal de Branwell Brontë » restitue une lettre bouleversante de Charlotte, déjà reconnue en tant qu’écrivain, juste après la mort de Branwell, Emily et Anne, en l’espace de six mois (tuberculose) Celle-ci revient  alors au presbytère de Haworthhaworth (comme toujours) où ne restent plus que son vieux père pasteur, les deux vieilles servantes de toujours, le grand dogue d’Emily et l’épagneul d’Anne. Ses mots sont terribles, sa peine immense et insuportable, j’en ai pleuré…

 

Cette histoire est à la fois humainement, littérairement et familialement extraordinaire.

Je viens de recevoir une biographie d’Emily Brontë écrite en 1935, j’espère en trouver une  de Charlotte

Je suis tombé dans les griffes des sœurs Brontë…je veux en savoir plus mais là je fait une pause avec des auteurs actuels et vivants...c'est pas que j'aie peur des fantômes mais...Emily sors de mon esprit s'il te plait!

 

Pardonnez moi, cet article est mal tourné et un peu long  mais je l’ai écris d’une seule traite. Il est impossible d'analyser un tel livre, on ne peut que donner ses impressions à chaud.

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 10:45

agnes grey

 

 

Ce livre est l'un de ceux offerts par somaja  dans le cadre du Swap  de Noël de Lady Asphodèle


Agnès Grey est le premier des deux romans d'Anne Brontë. Publié en décembre 1847 , le roman est fondé sur la propre expérience d'Anne comme gouvernante.. Comme Jane Eyre, de sa sœur Charlotte (publié en octobre 1847), le livre décrit la position précaire des gouvernantes et la façon dont les jeunes femmes exerçant cette profession en sont affectées. C’est en quelque sorte une autofiction de l’époque victorienne.

 

Je le dis tout de suite, j’ai passé un bon moment à lire cette œuvre mais pour moi, ce roman n’a pas la force de Jane Eyre et encore moins la démesure des Hauts de Hurlevent  (également publié en 1847) de la surdouée des sœurs Brontë, Emily.

 

Comme dans Jane Eyre, le style est fluide et carré, le lecteur est traité comme un confident, le récit se fait à la première personne. Les préoccupations morales et religieuses ont également une place centrale mais l’écriture d’Anne Brontë n’est pas celle de Charlotte…elle est plus timorée et l’on s’ennuie parfois.

 

Les deux tiers du roman se concentrent vraiment sur le métier de gouvernante exercé auprès de deux familles et ce n’est pas toujours passionnant même si l'on ne peut éciter de penser à super Nanny (l'auteur de la préface le rappelle très justement...)

 

Et puis, la jeune Agnès, 23 ans, fait la rencontre d’un vicaire et là boom, son jeune cœur fait boum, elle espère, puis désespère puis…lisez le roman pour savoir la suite mais la fin est la même que dans Jane Eyre  (oui je sais je ne devrais pas le dire mais vous l’avez déjà tous et toutes lus ce livre là non ?).

Dès lors que le sentiment amoureux apparaît, le cœur du lecteur s’emballe à l’unisson de celui de l’auteur et  on veut aller au bout.

 

Je vous propose deux passages pour vous donner envie de lire ou relire Agnès Grey, qui est d’une justesse méticuleuse : «  Le cœur humain est comme le caoutchouc : un faible effort l’allonge, un grand ne le rompt pas. Si un peu plus que rien peut le troubler, il ne faut guère moins que tout pour le briser. Comme les membres extérieurs de notre corps, il a un pouvoir vital inhérent à lui, qui le fortifie contre la violence externe. Chaque coup qui le frappe sert à l’endurcir contre un coup futur ».


«  Nos désirs sont comme l’amadou (1) : le silex et l’acier des circonstances font continuellement jaillir des étincelles qui s’évanouissent aussitôt a moins qu’elles n’aient la chance de tomber sur l’amadou de nos désirs ; alors il prend feu à l’instant et la flamme d’espérance est allumée en un moment »

(1) l’amadou est un matériau au départ naturel ,puis chimique longtemps utilisé pour l’allumage du feu.

 

Je vais continuer ma découverte de l’univers des trois sisters avec le film d’André Téchiné et un livre offert également par Somaja qui parle du frère de la famille qui semble t-il, a eu une influence certaine sur les romans des sœurs Brontë.


Et puis je veux aller voir leur pays du Yorkshire au nord de l’Angleterre, voir le presbytère d’Haworth (devenu un musée)  ou elle vécurent leur courte existence. Comment pouvaient-elles imaginer que presque deux siècle après on les vénéreraient comme de fantastiques auteurs…

 

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 00:12

hurlevent

 

Ca y est j’ai enfin pu voir «Les hauts de Hurlevent » au cinéma Utopia à Toulouse, à une bonne heure de route de chez moi.

Que les fans du fantastique livre d’Emily Brontë me fassent confiance sur ce coup là : l’adaptation de la  réalisatrice anglaise Andréa Arnold est sublime de bout en bout. Elle magnifie totalement l’histoire des Hauts de Hurlevent tout en la dépoussiérant.

 

Elle réalise une fidèle adaptation qui gomme le coté romance pour ne garder que la vérité du livre : une histoire d’amour brute, sauvage, violente, obsessionnelle. Seule la fin du roman est traitée un peu rapidement avec à mon avis une ou deux scènes qui font un peu  de surenchère. Ce sera ma seule réserve sur son oeuvre.

 

Ce qui m’avais frappé en lisant Emily Brontë, outre la violence de l’histoire, c’était l’angoisse et la terreur permanente  qui ressortait de son écriture.

Le film et tous les acteurs, peu ou pas connus, (Kaya Sodélaria et James Hawson en tête) restituent à merveille ce climat envoûtant et terrifiant.

 

La photo est magnifique, la réalisatrice utilise les paysages des Moors du Yorkshire et la nature en général comme un acteur du film à part entière. Les nombreux plans sur les oiseaux en vol ou les insectes sont autant de respirations qui montrent la liberté face à l’enfermement des personnages.

 

Excepté la chanson du générique de fin, il n’y a aucune musique dans ce film. Les dialogues sont réduits au minimum. Tout est opressant, lububre, Laurent Boutonnat doit enrager de ne pas réussir à réaliser ce genre de choses. Tout se passe dans les non-dits, dans l’imaginaire du spectateur qui est vissé sur son fauteuil, la terreur au ventre. Certaines scènes sont rudes comme celle ou Cathy lèche les blessures d’Heathcliff, battu par Hinley et bien d'autres encores.

 

Au bout du film, on est heureux de retrouver les lumières de la ville mais l’on sait que Cathy et Heathcliff ont  désormais un visage  (et d’ailleurs Heathcliff qui est black  ne correspond pas du tout aux personnages des autres adaptations et c’est une belle idée qu’a eue la réalisatrice)

 

Au final, il reste une œuvre d’une beauté pure, exprimant toute la violence dont peut faire preuve l’être humain lorsqu’il est resté au stade quasi animal. Ce film arrive à sublimer les mots d’Emily Brontë et ce n’était pas une mince affaire. Andréa Arnold a choisi un parti pris radical et c'est une réussite.

 

J’ai eu à Noël l’adaptation de Peter Koshminshy avec Ralp Fiennes et Juliette Binoche : il va falloir que j’attende avant de regarder le film car j’ai peur de le trouver totalement niais à coté du film d’Andréa Arnold.

 

Courrez voir ce film si vous le pouvez, il a été réalisé en 2012 et il fallu plus de deux ans pour qu’il sorte en France et encore bonne chance pour trouver un cinéma qui le propose…mais c’est vraiment un film à voir.  

 

Emily Brontë est cinématographiquement parlant sauvée pour l’éternité. Ne passez pas à coté si comme moi vous êtes fasciné(e)s par l’univers des sœurs Brontë .

 

Pour ceux qui veulent lire ou relire ma chronique sur le livre, c’est ici : Hauts de Hurlevent.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 00:12

jane

Après la dernière adaptation cinématographique très réussie du roman dont j’ai déjà parlé ici, j’ai enfin lu Jane Eyre de Charlotte Brontë.

Ce livre fut publié en 1847 sous un pseudonyme  et rencontra un succès immédiat au point de faciliter la publication la même années des ouvrages d’Emily et Anne Brontë.

 

L’histoire raconte le destin romanesque et dramatique d’une jeune orpheline, Jane Eyre, de son enfance douloureuse à sa rencontre avec Rochester, le maître ténébreux chez lequel Jane exerce le métier de gouvernante au manoir de Thornfield. De cette rencontre naîtra une histoire d’amour tourmentée par les contraintes morales de l’époque et par un sombre secret hantant le manoir…Je n’en dis pas plus sur l’histoire que la plupart d’entre vous connaissent déjà.

 

Jane dit ceci page 297 : «  Je n’exerçais plus aucun empire sur mes paupières ; elles se soulevaient d’elles-mêmes et mes prunelles se fixaient sur lui. Je le regardais…et j’éprouvais à le regarder un plaisir immense…un plaisir précieux et en même temps poignant ; de l’or pur, mais avec une pointe acérée de souffrance ; un plaisir comme en pourrait éprouver l’homme mourrant de soif, qui sait que le puits vers lequel il s’est traîné est empoisonné , mais, qui se penche pourtant et avale de grisantes gorgées d’eau ».

 

Hé bien quel livre, quel auteur, je crois que Charlotte Brontë a signé ici l’un des plus belles histoires d’amour de la littérature romanesque. Il n’y  a pas le coté terrifiant et passionnel maléfique que l’on retrouve dans les Hauts de Hurlevent mais il y a dans Jane Eyre un amour évident entre  deux êtres que tout semble opposer.

 

Au sujet d’un marronnier du jardin du manoir fendu  en deux morceaux par la foudre mais toujours enraciné dans la terre, Jane dit ceci page 465 : «  Vous avez bien fait de vous cramponner l’un à l’autre, dis-je, comme si ces éclats géants étaient des êtres vivants et pouvaient m’entendre. Il me semble que si meurtris que vous soyez, si noircis et calcinés, il doit exister encore en vous un certain sentiment de vie, né de cet attachement aux racines fidèles et honnêtes. Jamais plus vous n’aurez de feuilles vertes, jamais plus vous ne verrez les oiseaux faire leurs nids et chanter leurs idylles dans vos branches ; le temps du plaisir et de l’amour est fini pour vous ; mais vous n’êtes pas dans la désolation ; chacun de vous a un compagnon qui peut lui témoigner de la sympathie dans sa déchéance ». 


Je trouve que le personnage de Jane est l’un des plus abouti et des plus forts qu’il m’ait été donné de lire. C’est le portrait d’une femme digne, droite, qui se bat pour son indépendance et sa liberté, rigide d’un point de vue des conventions religieuses et morales de l’époque mais pas intégriste au point de sacrifier son bonheur.

 

Et puis j’ai été frappé par la modernité du style de Charlotte Brontë. Son écriture est rythmée, fluide, presque cinématographique. Elle prend à partie le lecteur très souvent et crée ainsi une complicité délicieuse avec lui. On a du mal à croire que cette histoire a été publiée en 1847 tant le suspens et la progression de l’histoire sont efficaces.

 

Il n’y a que la toute fin qui m’a un peu déçue…un peu trop fleur bleue même si une autre fin eût été inenvisageable pour Jane et le lecteur.

 

En somme je suis enchanté par ce livre et par cet auteur, cette femme qui a visiblement beaucoup mis d’elle même dans cette histoire.

 

Je suis convaincu que Charlotte et Emily Brontë ont connu l’amour et la passion contrairement à ce que supposent beaucoup de commentateurs en raison de leur jeune âge et de leur éloignement relatif de la société. Mais on peut vivre dans un presbytère paumé du Yorkshire et tomber amoureuse…justement, les rencontres étant très limitées, il suffit d’une seule pour faire basculer l’existence de jeunes femmes sensibles et douées. Si cela se trouve, Rochester et Heatcliff étaient inspirés d’une seule et même personne…

 

Il me reste à découvrir Agnès Grey de la troisième sœur Brontë : Anne.

 

J’ai passé trois semaines délicieuses en lisant Jane Eyre et les 850 pages du roman m’ont accompagnées avec un grand bonheur.

 

Encore quelques mots de Charlotte:

 

"Il est vain de prétendre que les êtres humains doivent se satisfaire de la tranquillité; il leur faut du mouvement; et s'ils n'en trouvent pas, ils en créeront."

 

" La tendresse sans la raison constitue un caractère faible et impuissant, mais la raison sans la tendresse rend l’âme aigre et rude."

 

Dans mon prochain article, il sera question d'extase vernaculaire (ne cherchez pas le sens, il n'y en a pas...)

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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 10:40

Jane eyre

J’ai vu Jane Eyre qui est une nouvelle adaptation (il y en aurait eu entre 10 et 18 selon les sources) du roman éponyme de Charlotte Brontë. Le réalisateur est Cary Fugunama, c’est seulement son deuxième long métrage.

 

La base de l’histoire est celle-ci : après une enfance difficile, Jane Eyre est engagée comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester. Cet homme ombrageux ne tarde pas à être sensible aux charmes de la jeune fille. C'est le début d'une folle passion qui mènera la jeune Jane vers des tourments que je ne révélerai pas ici pour les rares qui ne connaissent pas l’histoire.

 

Je le dis tout de suite, j’ai adoré ce film dont j’ai eu l’impression qu’il durait à peine un quart d’heure. Le parti pris du réalisateur est de faire une œuvre dont le romantisme  est le fil conducteur de l’histoire, laquelle  oscille du gothique au romanesque en évitant le plus souvent l’écueil de tomber dans le  coté fleur bleu.

 

Je n’ai pas encore lu le livre mais pour avoir lu récemment Les hauts de Hurlevent, je peux dire que le film restitue le même genre d’ambiance. L’esthétique est très belle avec des demeures austères et une campagne anglaise solitaire et envoûtante.

 

Le film est construit en 3 parties sous forme de flash-back : l’enfance de Jane Eyre qui est traitée rapidement puis sa période de gouvernante auprès du beau Rochester qui est la partie la plus développée. Enfin, le présent de l’histoire, lequel est à mon sens trop vite expédié, la fin du film enchaînant les rebondissements à une vitesse  effrénée. Il dure 2h mais je pense qu’il aurait mérité 2h30.

 

L’actrice principale, Mia Wasikowska, que je ne connaissais pas et qui fut révélée en 2008 par Tim Burton dans Alice au pays des merveilles  est parfaite. Idem pourMichael Fassbender qui incarne un Rochester torturé en diable. A noter l’incontournable Maggie Smith dans un second rôle très réussi.

 

Au final, le film pose l’éternelle question de la raison et de la passion (j’imagine que le livre également) et le demi happy end apporte une forme de réponse (est-ce la même fin que dans le roman ?).

 

J’ai pris un immense plaisir à voir Jane Eyre au cinéma et en VO (dans une toute petite salle bien pourrie de l’UGC Toulouse qui est un cinéma tout vieux et tout pourri), il y a dans ce film tout ce que j’attends quand je vais dans une salle obscure. Courrez-y si vous le voyez près de chez vous, c’est une petite production qui ne restera pas longtemps à l’affiche.

 

Quant à moi, je n’ai qu’une envie, lire le livre de Charlotte Brontë qui m’attend sur mes étagères dès que j’aurai achevé Anna Karénine, puis aller sur les terres des sœurs Brontê et de Jane Austen (même si leurs 2 univers sont éloignés) Passion quand tu nous tiens….

 

 

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